La vie d’Anthony Paul Dostie : un héros de la révolution américaine, un modèle d’inspiration

par Pierre Dostie

L’histoire de cet homme peu ordinaire a d’abord attiré mon attention du fait qu’il appartient à la même lignée de Pierre Debellot dit Dostie, l’ancêtre de tous les Dostie d’Amérique.

Il existe une biographie de ce célèbre américain, écrite de la main d’Emely Hazen Reed, et publiée en 1868[1]. Après m’être assuré que l’œuvre était libre de droit, j’en ai fait la traduction. Il existe par ailleurs un livre décrivant l’émeute sanglante[2] au cours de laquelle le Dr Dostie – dentiste de sa profession — fut assassiné pour avoir, en plus de lutter contre l’esclavage en Louisiane du temps de la guerre de sécession, milité pour le suffrage universel, et donc la reconnaissance du droit de vote pour tous et toutes, dont les anciens esclaves affranchis.

La Louisiane, esclavagiste depuis le début du 18e siècle, s’est engagée dans l’indépendance américaine en 1783. La déclaration d’indépendance affirme entre autres que « tous les humains sont égaux », mais les esclavagistes ne l’entendaient pas ainsi. Des États du Nord ont affranchi graduellement les esclaves. En janvier 1861, la Louisiane est entrée en sécession avec plusieurs autres États du Sud, à la recherche de leur indépendance des États-Unis et afin de maintenir leur régime esclavagiste. L’armée des États-Unis battit les sécessionnistes et la Louisiane revint dans l’Union en avril 1862. Le Président Abraham Lincoln proclama en septembre 1862 la fin de l’esclavage, qui fit l’objet d’un amendement constitutionnel en décembre 1865.

Pendant les années de la sécession et au moins jusqu’au massacre du 30 juillet 1866, la vie fut un véritable enfer en Louisiane, et plus particulièrement à La Nouvelle-Orléans, pour les progressistes du Parti républicain – les temps ont bien changé – et pour un groupe de personnes qui faisait la promotion non seulement de la fin de l’esclavage, mais de l’établissement du suffrage universel. Les dirigeants esclavagistes, qui avaient mené la guerre à l’Union pendant la sécession, se sont retrouvés dans les postes stratégiques de Gouverneur de l’État, maire de La Nouvelle-Orléans, Shérif, juges, etc., après le retour de l’État dans l’Union, et ce, avec la complicité du Président Andrew Johnson, ancien vice-président et promu au poste de chef de l’exécutif suite à l’assassinat d’Abraham Lincoln, le 14 avril 1865.

Cette trahison du Président Johnson a culminé par un bras de fer entre ce dernier et le Congrès qui a su en fin de compte se faire le gardien de la Constitution et des droits et libertés. En annexe au livre, l’on trouvera le rapport, commandé par le Congrès, sur les événements du 30 juillet 1866, alors qu’une assemblée constituante de délégués s’affairait en toute légalité, à préparer les changements à la Constitution de la Louisiane, qui allait assurer le suffrage universel dont étaient privés 4 millions de noirs récemment affranchis mais toujours persécutés par les esclavagistes.  Des centaines d’émeutiers armés, avec la complicité de la police, ont envahi les lieux et littéralement massacré les délégués à cette convention. Le rapport identifie les responsables de ce carnage, avant de commander le renforcement des institutions démocratiques, notamment par une plus grande protection militaire fédérale.

Anthony Paul Dostie était un homme entier, un passionné, un patriote amoureux de son pays, un homme érudit, cultivé et un grand humaniste. On trouve dans ce livre nombre de ses discours patriotiques républicains qui ont su toucher les cœurs et soulever les foules. Il a su tenir le phare et combattre pour les principes républicains malgré les menaces et la répression, ainsi que les représailles de toutes sortes. Son assassinat fut affreusement brutal et ses souffrances atroces. Il resta malgré tout indulgent envers ses assaillants à qui il pardonna.

Le massacre du 30 juillet 1866 était un événement planifié qui a coûté la vie à une centaine de personnes et fait plus de 400 blessés. Nous savons maintenant que ce ne fut pas en vain. Les dernières paroles de Dostie furent d’ailleurs : « Que le bon travail continue ».

On peut aussi consulter la page Wikipédia sur Anthony Paul Dostie


Pour télécharger ici gratuitement le livre

On peut également le trouver dans la collection des Classiques des sciences sociales.

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[1] Hazen Reed, Emily (1868). Life of A. P. Dostie, or, The Conflict of New Orleans. New York : WM P. Tomlinson.

[2] Hollandsworth Jr., James G. (2004). An Absolute Massacre: The New Orleans Race Riot of July 30, 1866 

Publié par pdostie

Militant politique depuis une cinquantaine d'années dans le mouvement syndical, communautaire et de solidarité internationale. Après un intense engagement dans le processus de rassemblement et d'unification de la gauche québécoise ces 25 dernières années, je me consacre en ce moment aux luttes du mouvement écologiste devant l'urgence climatique actuelle. Comme père et grand-père, je m’inquiète pour l’avenir de l’humanité et je m’inquiète aussi de l’humanité elle-même, qui se fracture sur des bases imprévues, où les débat d’idées, le jugement, la nuance et la tolérance se font rares. Dans ce combat pour l’égalité, la justice sociale et le triomphe du bien commun, nous avons besoin de paroles radicalement rassembleuses.

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