La culture de convergence dans le mouvement indépendantiste québécois : une vision pour l’avenir

Pierre Dostie

Nous voici à mi-chemin d’un second mandat de la CAQ et l’on entrevoit déjà que dans les mois, voire les semaines qui précèderont les élections générales d’octobre 2026, surgiront les propositions de dernière minute d’alliance ou de convergence des partis politiques indépendantistes.  S’il est vrai que sans convergence, l’indépendance a peu de chances de réussir, il reste qu’une feuille de route commune, cela se prépare de longue haleine. Et surtout, le climat doit être favorable. 

Or, à voir et entendre certains discours partisans, et certains commentaires dans les réseaux sur l’internet, ce n’est pas demain la veille que l’on va converger. Dans un tel contexte, il apparaît primordial d’insuffler au sein de l’ensemble du mouvement indépendantiste, une culture de convergence, même si l’objectif ultime nous semble lointain pour le moment.

Il n’est pas question ici de renoncer à nos projets de société et à nos partis respectifs. Ce n’est pas le moment non plus de faire des scénarios de répartition de circonscriptions en additionnant les votes potentiels sur la base des sondages. Ça part de plus loin que ça.

Libérer le projet d’indépendance de l’emprise des partis

Pour les membres du PQ, de QS, ou de Climat Québec, il faut bien reconnaître que nos projets de société sont impossibles à réaliser dans le cadre fédéral actuel, que l’indépendance en est une condition essentielle, et qu’aucun parti ne la réalisera à lui seul. Pour les indépendantistes qui ne sont pas membres d’un parti politique, qui sont plus nombreu.ses encore, les occasions sont rares de réfléchir à ce projet sans qu’il soit rattaché à une dimension partisane qui souvent les rebute. Pour les plus jeunes qui n’en ont jamais entendu parler, sauf peut-être vaguement dans un cours d’histoire s’ils en ont eu la chance, l’on ne voit pas le lien avec leurs préoccupations climatiques. Pour bien du monde, un certain traumatisme plus ou moins conscient a suivi les référendums de 1980 et de 1995.

Il faut se remettre à faire la pédagogie de l’indépendance. Lui renouveler son sens à la faveur de l’évolution de la conjoncture depuis trois décennies : l’urgence climatique a pris le devant de la scène, les Premières Nations et les Inuits sont dans un processus d’affirmation irréversible et le pluralisme politique fait en sorte qu’il y a au moins trois partis indépendantistes au Québec. Le projet de pays n’appartient à aucun parti politique. Il appartient aux peuples des 12 nations du Québec. Il est urgent de libérer le projet d’indépendance du Québec du carcan potentiellement mortifère des partis politiques.

L’indépendance comme priorité, la convergence comme état d’esprit

Les OUI Québec, un mouvement citoyen non partisan, sont un lieu de rencontre de tous-tes les indépendantistes, quelles que soient leurs allégeances, et de promotion du projet de pays. La jeune présidente Camille Goyette-Gingras explique, dans une entrevue donnée au collectif Génération OUI, sa vision de la convergence comme pratique politique : « c’est un état d’esprit dans sa pratique quotidienne, qui vise à développer un projet commun, l’indépendance comme enjeu prioritaire, dans une perspective de complémentarité où tout le monde est gagnant. » Les OUI Québec cherchent à développer la convergence dans la société civile (ex. non partisan) avant tout. 

Les membres des partis qui participent au OUI Québec échangent sur la pertinence et les avantages de l’indépendance en évitant les débats partisans. Si débat il y a, ce sera sur la stratégie d’accession à l’indépendance. Par exemple : un référendum, une élection référendaire, une assemblée constituante, une déclaration d’indépendance de l’Assemblée nationale, etc. L’enjeu de l’environnement est perçu comme pouvant motiver le choix de l’indépendance. La pratique de cette attitude convergente entre indépendantistes favorise la construction d’un rapport de force avec le fédéralisme centralisateur canadien. Pour Camille, « le mouvement indépendantiste est un réseau immense et diversifié qui pourrait faire de grandes choses. »

Le Bloc Québécois, qui veut rassembler tous les souverainistes au niveau fédéral et défendre les intérêts du Québec, est un lieu où il est également possible de faire régner l’esprit de la convergence.

L’obligation morale de converger

Le mouvement indépendantiste québécois est toujours divisé sur la stratégie d’accession à l’indépendance. Les partis actuels, centrés sur leurs intérêts particuliers, ont tendance à croire qu’ils ont la possibilité de prendre le pouvoir seul et de rallier les autres ensuite à leur stratégie. Cette approche est suicidaire. Si l’on veut maximiser les chances de réussites, il est préférable de s’entendre sur une feuille de route d’abord, de la proposer lors d’une campagne électorale, et de mettre en œuvre une fois élus. Imaginons trois partis indépendantistes qui s’entendent sur une action à poser une fois élus, qui font campagne sur leur plateforme respective, mais aussi sur ce point en commun, qui recueillent une majorité de député-es et à fortiori une majorité absolue au suffrage universel. Ces partis auraient toute la légitimité requise pour aller de l’avant. 

Le contexte de la lutte électorale place les partis indépendantistes dans une position d’adversaires et les débats sont inévitables. Il y a quand même la manière comme on dit et de toute façon les coups bas ne sont pas acceptables : les attaques personnelles, les procès d’intention, les intrigues, les accusations, la démagogie, etc. Est-il besoin de rappeler combien la population se désole de voir les indépendantistes se taper dessus. Les provincialistes, pour leur part, en raffolent.

Les différents partis ont leur raison d’être compte tenu de leurs différences idéologiques et politiques, mais concernant le projet de pays, ils devraient se faire une obligation morale, au nom de l’intérêt supérieur de la nation, de collaborer dans la promotion de l’indépendance, et de rechercher des voies de passage vers sa réalisation. La même obligation morale devrait porter les partis politiques indépendantistes à considérer les aspirations des peuples autochtones, qui ont autant, sinon davantage, soif de souveraineté, et qui n’accepteront pas de passer d’un colonisateur à un autre.

Puisque le projet de pays n’appartient pas aux partis, mais bien au peuple, à lui de s’en emparer et de leur montrer la voie à suivre. Seul un mouvement citoyen fort et non partisan réussira à ancrer le projet de pays dans le cœur des gens, et à encadrer les partis vers une feuille de route commune.

Les OUI Québec sont un lieu par excellence pour favoriser ce double objectif : faire la promotion du projet de pays auprès de la population en général et tracer la voie vers de possibles avenues d’un Québec indépendant. 

Publié par pdostie

Militant politique depuis une cinquantaine d'années dans le mouvement syndical, communautaire et de solidarité internationale. Après un intense engagement dans le processus de rassemblement et d'unification de la gauche québécoise ces 25 dernières années, je me consacre en ce moment aux luttes du mouvement écologiste devant l'urgence climatique actuelle. Comme père et grand-père, je m’inquiète pour l’avenir de l’humanité et je m’inquiète aussi de l’humanité elle-même, qui se fracture sur des bases imprévues, où les débat d’idées, le jugement, la nuance et la tolérance se font rares. Dans ce combat pour l’égalité, la justice sociale et le triomphe du bien commun, nous avons besoin de paroles radicalement rassembleuses.

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