Semaine des travailleurs sociaux et des travailleuses sociales du 23 au 29 mars 2025.1

Le travail social est né du constat de la pauvreté et de l’exclusion. Aller vers les personnes, les familles et les communautés pour les soulager, les soutenir, préserver leur dignité, et favoriser leur autodétermination dans leur processus d’insertion ou leur fonctionnement social. Intervenir en médiation entre les différents systèmes avec lesquels ces personnes, familles ou communautés transigent quotidiennement. Voilà quelques-unes des fonctions du travail social. De plus, constatant que la société est traversée de mécanismes qui produisent les inégalités et l’exclusion, le travail social ne peut faire autrement que s’intéresser aux structures sociales qui en sont responsables, de manière à pouvoir agir favorablement sur celles-ci au bénéfice de tout le monde. Et lorsque le processus de désintégration des communautés et de désaffiliation sociale est encore plus avancé, la société alors se fracture. C’est chacun pour soi, la loi du plus fort. Les programmes sociaux universels cèdent le pas à la privatisation et à la discrimination. Les inégalités de santé s’accroissent. Le travail social est alors placé devant le défi encore plus exigeant de l’humanisation des personnes vulnérables rendues isolées, stigmatisées, rejetées, et ayant souvent perdu leurs habiletés sociales de base : le défi de la recomposition des liens sociaux.
Les personnes, les familles et les communautés que l’on soutient subissent de plus en plus les conséquences de la dégradation de la société et de l’effritement de ce que l’on appelle « le bien commun ». L’histoire nous enseigne que bien des groupes opprimés ont dû, au plus fort de leur misère, se constituer en réseaux, souvent informels, pour se regrouper, reprendre confiance en leurs capacités, se donner des objectifs communs, puis des moyens de lutter pour une place au soleil, pour une participation sociale digne et équitable. Pensons au mouvement féministe, au mouvement LGBTQIA2S+, aux mouvements syndical, étudiant, etc. D’autres groupes ont encore plus de difficulté à s’organiser vu leur isolement et l’absence de moyens à leur disposition, comme les personnes en situation de handicap, les victimes de rénoviction, les nouveaux arrivants, les personnes en situation d’itinérance, etc.
Pour les personnes les plus vulnérables, souvent en processus ou en danger de désaffiliation, l’intervention de réseau devient un complément indispensable aux approches existantes. Dans sa forme la plus intégrale, l’évaluation de la « demande d’aide » n’est jamais faite avec l’individu seul, mais en compagnie de son réseau, même si ce réseau est plus ou moins défini. Rapatrier quelques personnes « proches », en vue de l’évaluation de la demande, et ensuite de l’intervention, c’est la première tâche à compléter pour la personne en besoin. Déjà, une fois les quelques personnes réunies, la « formulation du problème » est souvent bien différente. Et l’intervention prend aussi des tournures imprévues et souvent salutaires.
À l’ère de l’individualisme outrancier, produit de la société marchande, à l’ère des soi-disant réseaux sociaux qui ont tendance à nous enfermer dans des chambres d’écho, à déformer la réalité et à nous exposer aux pires influences, les réseaux bien réels offrent la possibilité d’interactions naturelles où la conscience et l’estime de soi sont reliées à l’expérience de groupe et communautaire. Les réseaux humains représentent un espoir pour notre monde à la dérive, dont le travail social continue de révéler l’humanité, un lien à la fois.
Pierre Dostie, travailleur social, 2025-03-23
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- Texte demandé à l’occasion de l’ouverture de la semaine des ts de l’UQAC du 24 au 27 mars 2025 ↩︎