Indépendance du Québec : enjeux et stratégies pour 2026

Les prochaines élections générales auront lieu le 5 octobre 2026. Le projet d’indépendance du Québec revient peu à peu dans l’actualité. Les sondages nous indiquent que les jeunes de 18-25 ans adhèrent de plus en plus au projet. Le Parti Québécois est en avance dans les sondages et il promet, s’il est élu, de tenir un référendum au cours de son mandat.

Alex Valiquette et Camille Goyette-Gingras des OUI-Québec. Photo: Alice-Rose Maltais-Roussy

Les provincialistes, le Parti libéral du Québec en tête, fourbissent déjà leurs armes. Ils agiteront sans doute l’épouvantail du référendum au point où, il n’est pas impossible que celui-ci soit remis aux calendes grecques par le PQ au profit du « bon gouvernement ». On a déjà joué dans ce film-là. Même dans le cas où le PQ tiendrait un référendum, encore faudrait-il le gagner, car le contraire serait une véritable catastrophe.  

Dans un an, bien des choses peuvent encore arriver. Les appuis aux forces en présence pourraient être plus serrés qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Nous n’avons pas le droit d’échouer à nouveau

En plus du PQ, il existe deux autres partis indépendantistes, soit Québec solidaire et Climat Québec. Outre leur programme, chacun a sa stratégie d’accession à l’indépendance. Et surtout, n’oublions pas qu’il y a davantage d’indépendantistes en dehors des partis politiques qu’en leur sein. Cela en fait du monde à faire converger si l’on veut éventuellement convaincre une majorité d’électrices et d’électeurs de faire du Québec un pays.

Si chaque parti a sa raison d’être en matière de programme, aucun d’eux ne pourra réaliser son projet de société sans faire l’indépendance. Et aucun d’eux ne pourra réaliser l’indépendance à lui seul non plus. Pourtant, sur le projet de pays, l’intérêt supérieur de la nation exigerait d’eux qu’ils recherchent une stratégie commune d’accession à l’indépendance. Chacun se comporte pourtant comme s’il était le seul à porter le projet et à pouvoir le réaliser. Comme si le projet de pays se réduisait à son projet de société à lui. N’est-ce pas une forme d’appropriation ? On oublie que, si l’on fonde un pays, ce sera un pays pour tout le monde. L’enjeu est pourtant non pas de rassembler seulement les partis indépendantistes, ni même également les indépendantistes orphelin.es de partis, mais surtout de rassembler le plus grand nombre de Québécoises et de Québécois.

Comment faire pour ne pas compromettre le projet de pays, alors que deux tentatives ont déjà échoué lors des référendums de 1980 et 1995 ? Ces échecs ont laissé un traumatisme qui a toujours son impact aujourd’hui. Plusieurs indépendantistes ont jeté l’éponge ou se sont recyclés dans des formations fédéralistes ou autonomistes. Un bon nombre de sceptiques aimeraient espérer à nouveau, mais seul un scénario gagnant les mobilisera. La jeunesse, elle, qui n’a pas été contaminée par les échecs du passé, voit la nécessité de reprendre le flambeau. Car, comme le disait Gaston Miron : « L’indépendance, tant qu’elle n’est pas faite, elle reste à faire ».

Reconnaissons que de voir les partis indépendantistes entrer en campagne électorale en rangs dispersés, avec des stratégies différentes, avec une population qui est pour le moins craintive, sinon cynique, et face au bloc des partis provincialistes, ce n’est pas très inspirant, encore moins prometteur.

Une formule gagnante, pour faire changement

Pour rassembler une majorité de Québécoises et de Québécois autour du projet de pays, il est nécessaire de rassembler les indépendantistes au départ.  Cela pourrait être rendu possible si l’on faisait converger les partis indépendantistes vers une feuille de route commune, sur la question du projet de pays, sans renoncer pour autant à leur existence ni à leur programme. Par exemple pourquoi, tout en faisant campagne chacun sur sa plateforme, les partis ne s’entendraient-ils pas sur une stratégie commune d’accession à l’indépendance[1] ? Que ce soit la convocation d’une assemblée constituante, que ce soit une déclaration d’indépendance à l’Assemblée nationale, ou encore que ce soit un référendum à la suite d’une vaste mobilisation. Chaque parti indépendantiste pourrait, pendant la campagne électorale, défendre sa propre plateforme, ainsi que la stratégie commune d’accession à l’indépendance. Comme la plupart des partis l’ont fait en 2018 à propos de la réforme du mode de scrutin[2]. Une fois élue, une majorité de député.es indépendantistes, tous partis confondus, représentant idéalement une majorité du suffrage, serait légitimée de procéder à la mise en œuvre de cette stratégie convenue préalablement, et défendue en campagne électorale. Cette approche aurait l’avantage d’unifier d’une certaine façon tous les indépendantistes par-delà les partis, autour de la même stratégie d’accession au pays, et, par ricochet, de susciter l’intérêt de l’ensemble de la population et potentiellement l’adhésion du plus grand nombre. Idéalement, les partis indépendantistes pourraient, dans certaines circonscriptions, se concerter pour permettre la victoire d’une candidature souverainiste qui autrement serait impossible. 

Un espoir en la pression citoyenne 

Le projet de pays n’appartient à aucun parti politique. Il appartient à la nation tout entière. N’oublions pas non plus qu’il y a 11 autres nations au Québec qui aspirent à leur souveraineté et que celle-ci est appelée à être partagée. 

La montée de l’indépendantisme chez les jeunes est un mouvement non partisan. Les Organisations unies pour l’indépendance (OUI), qui est associée à ce phénomène, sont un mouvement non partisan. La montée de l’indépendantisme non partisan permet d’espérer qu’une stratégie gagnante puisse enfin émerger.

Les partis indépendantistes ont jusqu’ici failli à leur responsabilité historique devant l’intérêt supérieur de la nation. Ils peuvent encore se ressaisir, mais ils ne le feront pas sans l’influence suffisante d’un mouvement citoyen non partisan. Sur le projet de pays, l’heure n’est pas à la division qui risquerait, soit de laisser le projet d’indépendance dans les limbes, ou encore de le conduire à l’abattoir, une fois de plus. 

Redonnons de l’espoir aux Québécoises et aux Québécois. Soutenons les OUI Québec, ce mouvement citoyen non partisan, rejoignons les jeunes indépendantistes en éveil, secouons les puces des partis souverainistes, de l’intérieur comme de l’extérieur, afin qu’ils s’élèvent au-dessus de leurs intérêts particuliers, et qu’ils se rappellent que, sans le pays du Québec, leur programme est impossible, et que sans un minimum de convergence avec les autres partis indépendantistes et avec les Premières Nations et les Inuits, il n’y aura pas de pays du Québec.

Pierre Dostie.


[1] Rappelons-nous que qu’une feuille de route commune entre le PQ, QS, Option nationale et le Bloc Québécois a presque abouti en 2017, sous l’impulsion des OUI Québec. Cette entente a malheureusement échoué, QS ayant mal géré celle-ci devant ses instances et cherché à obtenir en vain un délai des partenaires, et le chef du PQ de l’époque, ayant proposé à QS une coalition électorale pour 2018 qui excluait l’accession à l’indépendance. Il est temps de cesser de se blâmer mutuellement pour son échec et de revenir à la table.

[2] Bien que le gouvernement de la CAQ n’y ait pas donné suite, le PQ, QS, le Parti Vert, Option nationale et la CAQ avaient appuyé un projet commun de réforme du mode de scrutin. 

Publié par pdostie

Militant politique depuis une cinquantaine d'années dans le mouvement syndical, communautaire et de solidarité internationale. Après un intense engagement dans le processus de rassemblement et d'unification de la gauche québécoise ces 25 dernières années, je me consacre en ce moment aux luttes du mouvement écologiste devant l'urgence climatique actuelle. Comme père et grand-père, je m’inquiète pour l’avenir de l’humanité et je m’inquiète aussi de l’humanité elle-même, qui se fracture sur des bases imprévues, où les débat d’idées, le jugement, la nuance et la tolérance se font rares. Dans ce combat pour l’égalité, la justice sociale et le triomphe du bien commun, nous avons besoin de paroles radicalement rassembleuses.

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