
Article paru dans le Devoir du 4 février 2026. Sur la photo, Pierre Dostie et feu Gilbert Talbot lors d’une manifestation en appui aux lock-outés de Rio Tinto en 2012.
Le 4 février 2006, mille personnes réunies en congrès à l’Université de Montréal se lèvent d’un bond pour scander le nom du parti politique auquel elles viennent de donner naissance : Québec solidaire (QS). Nous y étions à titre de membres de l’une de ses deux organisations fondatrices, l’Union des forces progressistes (UFP) et Option citoyenne (OC).
Notre objectif commun était et demeure d’offrir une option politique de gauche large et rassembleuse, porteuse de l’aspiration à une société égalitaire, plurielle, démocratique, où les besoins des humains et la protection de la nature passent avant les intérêts et les profits d’une infime minorité. Pour y parvenir et pour mieux protéger notre langue et notre culture, nous proposons de faire du Québec un pays libre, souverain, respectueux de toutes les personnes qui y habitent, solidaire des autres peuples, à commencer par les nations autochtones, les premières à habiter ce territoire.
Depuis 20 ans, Québec solidaire s’active à promouvoir ce projet de société. Il se fait en même temps le porte-voix des préoccupations et des revendications sociales, écologistes, féministes, syndicales, mais aussi de celles de minorités aux prises avec diverses formes d’oppression et de discrimination. Ce travail, il le fait à l’Assemblée nationale, où il forme une opposition solide, capable de dénoncer, de remettre en question, mais aussi de proposer et même d’obtenir des gains. Les plus notables sont l’adoption, puis le renforcement d’une loi, connue sous le nom de Françoise David, pour mieux protéger les personnes aînées locataires. Québec solidaire demeure en même temps un parti de la rue, qui se range aux côtés des mouvements en lutte et des communautés qui s’organisent.
On le sait, QS n’a jamais été au pouvoir, mais il est bien plus large, plus diversifié qu’à ses débuts et présent à travers tout le Québec. S’il a parfois vécu des situations difficiles et commis des erreurs, sa voix est plus nécessaire que jamais.
La conjoncture internationale comme la conjoncture nationale ont bien changé depuis 2006. La mondialisation néolibérale a enfanté un capitalisme autoritaire, oligarchique, guerrier. L’extrême droite est au pouvoir ou aux portes du pouvoir dans un nombre grandissant de pays.
Le Québec n’en est pas encore là, mais les droits de la personne y sont de plus en plus bafoués. L’immigration récente est rendue responsable de tous les maux qui l’assaillent. Des lois arbitraires et discriminatoires sont adoptées par un gouvernement qui nie l’existence du racisme systémique et cherche à faire taire les voix dissidentes.
Loin de se résorber, les inégalités sociales tendent à s’élargir. Le revenu disponible moyen du quintile le plus pauvre de la population a reculé de 1,9 % entre 2020 et 2024 au Québec, alors que celui du 20 % le plus riche a augmenté de 51,4 %. Les injustices fiscales entretenues par les gouvernements, tant fédéral que québécois, contribuent à ces disparités et empêchent la justice sociale de progresser.
À l’échelle du Québec, le loyer mensuel moyen s’est accru de 62 % depuis 2018. Près d’un enfant sur trois arrive à l’école le ventre vide le matin, un chiffre en constante augmentation. La fréquentation des banques alimentaires explose. La crise de l’itinérance et la multiplication de campements de sans-abri touchent toutes les régions.
Le manque de ressources et les réformes de structures auxquelles se sont à tour de rôle livrés les gouvernements en éducation, en santé et en services sociaux les rendent de plus en plus incapables d’accomplir leurs missions. Sous-financés, les organismes communautaires sont eux aussi à bout de souffle et, comme dans le secteur public, les personnes qui y travaillent, majoritairement des femmes, sont en proie à l’épuisement et au découragement.
L’égalité entre les hommes et les femmes a progressé dans plusieurs domaines, grâce aux luttes féministes menées depuis des décennies, mais elle est encore loin d’être complète. La violence contre les femmes et les féminicides progressent dangereusement, avec comme facteurs aggravants la crise du logement et la pénurie de ressources d’hébergement qui empêchent de quitter des conjoints violents.
Les gouvernements, tant fédéral que québécois, délaissent la lutte contre les changements climatiques et la préservation de la biodiversité, les considérant comme des freins à la croissance économique, alors que c’est la vie même sur cette planète qui est menacée.
Quelle autre formation que Québec solidaire met tous ces enjeux et bien d’autres au cœur de ses interventions ? Aucune ! Si la route est plus ardue que nous l’aurions espéré il y a 20 ans, QS demeure un acteur essentiel du paysage politique québécois.
* Ont cosigné cette lettre : Louise Beaudry, Lanaudière ; Guylaine Bélanger, Bas-Saint-Laurent ; Manon Blanchard, Montérégie ; Michel Desmarais, Montréal ; Pierre Dostie, Saguenay–Lac-Saint-Jean ; Jocelyne Dupuis, Lanaudière ; Normand Gilbert, Montréal ; Charlotte Guay-Dussault, Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine ; Colombe Landry, Estrie ; Josée Larouche, Capitale-Nationale, Québec ; Guy Leclerc, Abitibi-Témiscamingue ; Nimâ Machouf, Montréal ; Cecilia Valdebenito, Capitale-Nationale, Québec ; Marjorie Villefranche, Montréal.

Voir aussi l’entrevue donnée à l’émission C’est jamais pareil de Radio-Canada le 4 février 2026 à 7h49