La boussole de François le dernier

Legault cherche sa boussole

S’est-il confié à Infoman

Serait-il désorienté

Depuis qu’il a le dos tourné 

À ses nombreux « amis »

Comme au projet de pays ?

Le loyal co-actionnaire d’Air Transat de 1997

Le fidèle allié de Pauline Marois en 2001

L’auteur de Finances d’un Québec souverain en 2005

Et aspirant chef du PQ, loyal envers ses militants

L’avaleur d’ADQ en 2012

La très démocratique Coalition avenir Québec à lui tout seul

Bon papa Legault n’a plus la mémoire

De la défaite des plaines d’Abraham en 1759

Du massacre des patriotes à l’église de Saint-Eustache en 1837

De leur pendaison au pied du courant le 15 février 1839

Du rapport Durham de la même année

De l’acte d’union de l’année suivante : 1840

Conçu expressément pour nous inférioriser

Nous déporter de toute velléité nationale

Capitaine Canabec a perdu le nord

Depuis qu’il a eu son mandat fort

Prétendant rapatrier l’immigration

Pour nous faire tourner en rond

Dans l’histoire et ses rebonds

Je me souviens

Néanmoins…

De la grande noirceur 

De la révolution tranquille

De la crise d’octobre 70

Du NON de 80

De la nuit des longs couteaux de 82

Du rejet de Meech en 90 

Ou de celui de Charlettown en 92

Du OUI volé dans la tricherie en 95

Par les love-in et les come-in

Dans la déception et la colère

La torpeur et la honte

Pour ne pas dire

Le traumatisme

Et puis,

Je me souviens encore…

Du scandale des commandites

Des retours d’ascenseurs dans l’industrie de la construction

Des élections « clés en main »

Et des mesures d’austérité

Ce sont vos factures que vous nous faites payer

Un chum c’t’un chum mon Johnny

Les champions de la corruption

Qui ont régné sur les circonscriptions

Convoqués devant une Commission

Ont fait un bon show de télévision

Mais l’enquête s’est fait mâchurer à son tour

Le suspect numéro un court toujours

385,000 tomates lui seraient dues

« On paye pour se faire botter le cul » dixit feu Michel Chartrand 

Le comptable nous a égaré

Dans le festival de l’humour

Le beau risque

Les conditions gagnantes

Les stratégies perdantes

La gouvernance provincialiste

Le néo-duplessisme 

Le bien commun marchandisé

Et la pseudo-décarbonation

À la Fitzgibbon

Le grand réformateur du mode de scrutin

Tergiverse sur le troisième lien

Le roi des Kebs

Avance à tâtons

À coups de sonde et de ballons

Depuis qu’il a renié

Son peuple traumatisé

Qu’il a enfermé

Dans la frilosité

Et pourtant, 

Il n’y aura pas de répit

Car il n’existe aucun raccourci

Pour les peuples sans pays

Non plus de sauf-conduit

Pour les chefs qui ont trahi

Patriotes de toutes les régions

À droite comme à gauche

Comme à l’extrême-centre

Avec notre boussole retrouvée

Celle de la souveraineté

Et sans renoncer à nos familles politiques

Et projets de société

Cherchons néanmoins le chemin à emprunter

Avec nos frères et nos sœurs des Premières nations

Nos forces et nos votes, additionnons, multiplions

Pour fonder la patrie des douze nations

Du Québec libéré 

De la colonisation

De la trahison

Et des faux jetons

Pierre Dostie

Convergerons-nous ?

Convergerons-nous ?

Pour faire quoi ?

Comment ?

Et avec qui ?

Convergerons-nous,

Au fait,

Je serais tenté de dire

Quand vargerons-nous

Dans le tas comme on dit

Des corrompus

Des voleurs à cravate

Des assistés corporatifs

Quand vargerons-nous

Dans le capital qui accapare et assassine

Les spéculateurs immobiliers et financiers

Dans nos élus nationaux agenouillés

Dans nos élites locales aplavantries

 

Quand vargerons-nous

Dans les droits de polluer,

De la fonderie Horne et de RT ?

De la Northvolt décomplexée ?

De la funeste 9b inversée ?

Quand vargerons-nous

Dans les think thank qui nous définissent

Comme des tarés, des pas d’histoire

Qui parlent dans un français bizarre

Et qui n’ont pas de mémoire

Convergerons-nous

Pour que les femmes obtiennent l’égalité :

Salaire, pouvoir, représentation

Sans peur ni intimidation

Sécurité dans leur maison

Convergerons-nous

Avec les nouveaux arrivants

Et les minorités

Pour composer une nouvelle nation

Forte et fière de son identité

Républicaine

Convergerons-nous

Pour une démocratie représentative

De la diversité 

Et participative

Dans nos écoles, nos quartiers, nos villes, nos régions,

Dans l’administration de nos institutions

Convergerons-nous

Avec les Innus, 

Les Premiers peuples et les Inuits

Pour une souveraineté partagée :

La confédération des douze nations du KebeK

Convergerons-nous

Par centaines, par milliers

Autour du parlement, inlassablement,

Pour réclamer la démission de ce gouvernement

Convoquer une Assemblée constituante 

Et proclamer notre indépendance

Convergerons-nous

S’agit-il seulement

D’additionner des votes ?

Ne faut-il pas plutôt d’abord

Politiser, mobiliser, 

Redéfinir le projet de pays 

Et le pays de projets

Retrouver l’espoir

Quand vargerons-nous donc,

Quand convergerons-nous enfin !

Pierre Dostie

Du bon usage de notre énergie renouvelable

Le 24 septembre 2020, lors de l’audience publique du BAPE sur le projet d’usine de liquéfaction de GNL au Saguenay, je pose la question, à savoir si « l’électricité requise pour cette usine, soit l’équivalent de 5 térawatts/heure, ne pourrait pas être mieux utilisée pour réduire les GES dans le cadre des objectifs de réduction du Québec. »[1]

Réponse de M. Sergio Cassanaz du MELCC : « Concernant l’utilisation de l’hydroélectricité, pour produire un GNL, je pense que le ministère considère que ça va être conforme à la Stratégie du Québec d’utiliser le plus possible l’hydroélectricité pour réduire nos émissions de GES ». Plus loin il dira : « Et ce n’est pas, à mon avis, ce n’est pas O.K. pour faire une aluminerie de plus ou bien une usine de GNL de moins. »[2]

Ce 29 février 2024, le superministre Fitzgibbon, Ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie et Ministre responsable du Développement économique régional, déclare : « Je dois admettre que nous n’avons pas assez d’électricité pour tous les projets qu’on considère au gouvernement valable pour des fins environnementales pour décarboner ou des fins économiques »[3].

C’est donc une bonne décision qu’a pris le Gouvernement du Québec de ne pas autoriser cette usine de liquéfaction qui aurait gaspillé l’équivalent de ce qui est requis pour alimenter une aluminerie, dans le but de « blanchir » une énergie sale, qui plus est un méthane albertain destiné à l’exportation, avec de l’énergie propre comme l’hydroélectricité, laquelle se fait manquante aujourd’hui. 

Concernant les objectifs de réduction des GES du Québec, soit 37,5% d’ici 2030, leur atteinte ne semble pas facile, c’est le moins que l’on puisse dire, de l’avis même du Ministre Charrette du MELCC[4].

Aussi bien utiliser judicieusement l’énergie propre disponible pour faire la transition écologique, et non pas seulement la transition énergétique, comme se plaisent à répéter les ministres du gouvernement caquiste, à l’instar des porte-paroles des chambres de commerce. 

La différence entre les deux n’est pas que sémantique. Dans un cas l’on cherche, par exemple, à remplacer les voitures individuelles à essence par des voitures électriques, favorisant la poursuite de l’étalement urbain, alors que dans l’autre, l’on favorise l’électrification des déplacements, collectifs surtout, tout en revoyant nos stratégies et habitudes de consommation et d’aménagement urbain (ex. densification), en respect des limites des ressources de la planète. 

Si nous avons raisons de questionner le gouvernement Legault pour avoir ajusté la règlementation environnementale aux besoins de Northvolt, et pour manquer de transparence, il y a lieu de s’interroger également sur la stratégie énergivore dans laquelle s’inscrit l’implantation de cette usine.

Il est particulièrement inquiétant que des solutions de transport en commun, comme le proposent les villes de Québec et Montréal, soient mises sur la glace par le présent gouvernement, en même temps qu’il relance, sous le couvert d’un sondage, son projet de troisième lien entre Québec et Lévis, pour des motifs purement électoralistes.


[1] BAPE Transcriptions de la séance du 24 septembre 2020 à 13h.

[2] Idem

[3] https://www.tvanouvelles.ca/2023/08/17/le-ministre-pierre-fitzgibbon-avoue-que-le-quebec-na-pas-assez-delectricite-pour-tous-ses-projets-industriels#:~:text=«Je%20dois%20admettre%20que%20nous,pénurie%20d%27énergie%20au%20Québec

[4] https://lactualite.com/actualites/bilan-ges-quebec-progresse-dans-la-bonne-direction-dit-charette/#:~:text=QUÉBEC%20—%20Les%20indicateurs%20montrent%20que,Environnement%2C%20Benoit%20Charette%2C%20mercredi

Politique de participation citoyenne à Saguenay : Une ville égale à elle-même dans son incohérence

Screenshot

Pierre Dostie, membre d’Unissons Saguenay

Le gouvernement du Québec a incité les villes à se doter d’une politique de participation citoyenne. La ville de Saguenay a donc adopté une telle politique le 2 novembre 2020, après une période de consultation qui a permis une bonification du projet proposé par les commentaires et suggestions de 56 personnes et organisations participantes. 

Grâce à cette politique, « les citoyens auront ainsi un canal établi pour s’exprimer et être entendus sur les politiques, les règlements, les projets et les actions qui concernent leur milieu de vie. »[1]

Quinze principes guident la politique (ex. transparence, représentativité, engagement des décideurs, etc.), qui prévoit quatre niveaux d’engagement citoyen (information, consultation, implication et collaboration), à travers les mécanismes existants (conseillers, services des communications, etc.) et à travers de nouveaux dispositifs auxquels la ville s’est engagée, soit :

–       La mise en place d’une plateforme Web de participation citoyenne afin d’assurer un canal de participation constant;

–       Un budget participatif annuel, adopté par le Conseil municipal et mis à la disposition des citoyens.

Mise en œuvre :

« Le Service des affaires juridiques et du greffe sera responsable de l’application de la présente politique et aura pour premier mandat d’élaborer un plan de déploiement de la politique »[2], notamment en désignant un Conseiller en participation citoyenne pour faire les liens, organiser, accompagner les personnes et organismes et faire les suivis de la participation. La politique prévoit également la contribution du Service des communications, de la Direction générale, des élus (ex. par un mécanisme de participation citoyenne de district), des fonctionnaires municipaux, des experts et des personnes participantes. 

Il est prévu que le service des affaires juridiques et du greffe fera une reddition de compte auprès du Conseil municipal annuellement et que la Politique sera évaluée tous les deux ans.

Suivi citoyen

Le 7 mars 2023, deux ans et demi après son adoption, nous avons questionné la mairesse à savoir si cette politique avait été mise en place et quand elle serait évaluée. Nous avons alors appris que personne, ni au Conseil, ni à la Direction générale de la ville, ni aux services juridiques, n’avait été désigné pour en assurer l’implantation et le suivi. Le 9 mai suivant, nous revenons à la charge, pour apprendre qu’il n’y a rien de nouveau, qu’il aurait fallu dégager des ressources et que ce ne fut pas possible. On nous encourage à apprécier les mécanismes actuels et l’on rappelle l’ouverture des élus à mettre en œuvre la politique mais sans engagement concret.

Le 13 novembre 2023, nous constatons que la politique de participation citoyenne ne figure pas sur le site web de la ville, avec les autres politiques. Nous nous adressons à la ville pour en demander une copie et aussi qu’elle soit déposée sur le site. Nous sommes orientés vers la loi d’accès à l’information, qui nous répondra le 18 janvier 2024. Copie de la politique nous est parvenue, mais elle n’est toujours pas affichée sur le site web de la ville. 

Beau paradoxe que ce parcours du combattant pour le citoyen qui désire que l’on rende publique une politique de participation citoyenne qui n’est pas connue, encore moins implantée, adoptée il y a plus de 3 ans, évaluable aux 2 ans et pour laquelle une reddition de compte annuelle est prévue.

Et ce, malgré l’ajout d’une douzaine de postes cadres ces dernières années[3] !

« On ne se vante pas assez de nos bons coups » a dit la mairesse, en réponse à notre question au Conseil du 9 mai 2023. Comme « bon coup », c’en est tout un ! 

Il me semble plutôt que l’on se complaise dans l’incohérence – et semble-t-il dans l’indifférence générale au Conseil de ville. On a des petites nouvelles pour vous, chers élus. Unissons Saguenay ne lâchera pas le morceau et nous invitons les gens à se mobiliser face à cette situation inacceptable.

D’autant plus que le climat actuel de chicane et de guerre de clochers qui règne au Conseil municipal, aurait vraiment avantage à être balisé par une participation citoyenne organisée et éclairée.


[1] Ville de Saguenay. Politique de participation citoyenne, p. 2.

[2] Ville de Saguenay. Politique de participation citoyenne, p. 13.

[3] https://www.lequotidien.com/2022/12/22/hausse-surprenante-du-nombre-de-cadres-a-saguenay-3b30c0e70ae87709de530b27532d1a67/ et https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1993711/gabriel-rioux-seance-conseil-breffage#

Par-delà les anecdotes croustillantes, les questions politiques essentielles que pose la discussion entourant Les Têtes brûlées de Catherine Dorion.

La publication du livre Les têtes brûlées de Catherine Dorion, et des réponses de Gabriel Nadeau-Dubois et de Philippe Boulianne, ont capté l’attention médiatique et suscité bien des commentaires et des jugements sur les personnes en cause, ainsi que sur leur façon de s’acquitter de leurs rôles respectifs.

Je m’attarderai ici aux questions politiques que ces échanges soulèvent et posent au parti Québec solidaire. Des questions qui n’intéressent pas les partis traditionnels comme le PLQ ou la CAQ, plutôt centralisés et autoritaires, au service des classes dominantes, mais qui sont fondamentales pour un parti progressiste dont la raison d’être est de faire du Québec un pays transformé en profondeur. Ces questions devraient faire l’objet d’une réflexion collective :

  • Comment composer avec la diversité des styles et des contributions, à l’Assemblée nationale et en dehors de celle-ci, si cela est vrai, comme le dit GND, qu’il y a de la place pour tout le monde à QS ?
  • Comment ne pas rester à la remorque du « système médiatique » ? Comment faire de la politique autrement, et créer l’événement ?
  • Comment valoriser le travail parlementaire, plus spécifiquement le rôle des député.es, qui ne devraient pas avoir l’impression d’être des plantes vertes ? 
  • Comment concilier la solidarité (la ligne de parti) et le droit à la dissidence dans le parti et au sein de l’Assemblée (caucus) ?

Et, sans doute, la question la plus existentielle pour QS :

  • Comment un parti de gauche, qui veut représenter les mouvements sociaux et les régions, comment fait-il pour rester connecté aux luttes sociales, aux enjeux de l’arrière-pays, pour donner du sens au travail parlementaire, sans se faire happer par celui-ci ? Se pourrait-il que cette déconnection rende vicié l’air de la « bulle parlementaire », qu’elle ait tendance à éloigner le parti du sens premier de son existence, de sa raison d’être, et qu’elle le rende vulnérables aux règles imposées par les façons habituelles de faire ? 

Il est heureux que le parti soit invité à réfléchir, à travers le Comité sur les statuts, à l’équilibre des pôles d’influence que sont l’aile parlementaire, l’aile militante et la permanence en son sein, et aux moyens de donner plus de pouvoir aux membres. 

Si pendant les premières années de son existence, les militant.es du parti ont espéré comme ça ne se peut pas, enfin pouvoir élire des député.es à l’Assemblée nationale, il serait peut-être le temps aujourd’hui de s’interroger sur l’importance de rester branché à la source de cet engagement qui se trouve à l’extérieur du parlement, soit dans les luttes sociales, dans la rue et dans les territoires de l’arrière-pays. Il serait aussi peut-être le temps que la parole du parti fasse davantage écho à leurs enjeux, à leurs luttes et à leurs espoirs depuis le théâtre de l’action, et pas seulement depuis le Salon bleu.

Et si, paradoxalement, la réponse à cette dernière question existentielle était une condition essentielle à l’obtention d’une majorité parlementaire ?

Quelques défis de QS à l’aune de la course au porte-parolat

Les aspirations de Québec solidaire à devenir la première opposition à l’Assemblée nationale ont été amèrement déçues au vu des résultats des élections générales de 2022. Après une campagne qui s’est avérée la plus importante jamais menée par le parti, la plus « professionnelle », mais aussi la plus centralisée de son histoire. Somme toute la plus pareille aux autres partis électoralistes. 

Le parti, jadis « des urnes et de la rue », a mis tous ses œufs dans une plateforme simplifiée au maximum, épurée des éléments susceptibles de rebuter la population, comme les nationalisations, et saupoudrée de mesures à la carte. La controverse l’a néanmoins rattrapé sur d’autres dossiers, comme les taxes aux ultra-riches pas si riches que ça, et un certain bafouillage sur les VUS. L’indépendance du Québec et le processus de l’Assemblée constituante, bien que toujours dans la plateforme, ont été les grandes absentes de la campagne.

L’obsession des régions

Le résultat est d’autant plus décevant que la percée en région, réalisée lors de l’élection précédente, notamment dans Sherbrooke et Rouyn-Noranda—Témiscamingue, loin de s’étendre à d’autres régions, a connu un recul avec la défaite d’Émilise Lessard-Therrien au pays de l’arsenic et des grands espaces ruraux.

Les dirigeants du parti ont eu beau répéter que le « QS du Plateau » est un problème de perception, qu’on va trouver les moyens de « faire atterrir la plateforme en région » grâce à une importante tournée de celles-ci, la question s’avère un peu plus complexe. La tournée réalisée au Saguenay—Lac-Saint-Jean du 12 au 15 octobre 2023 a permis aux différentes personnes rencontrées, au sein du parti comme des nombreux milieux consultés, d’affirmer qu’il faut plutôt faire émerger des régions des éléments d’une plateforme nationale. Une approche qui nécessite de se mettre d’abord à l’écoute des gens qui habitent et font le territoire. Ces territoires ne sont pas que des terrains d’atterrissage. Ils aspirent aussi au décollage. Ils ont des préoccupations qui sont la plupart du temps ignorées des partis politiques existants, qu’ils s’auto-proclament « parti des régions » ou non. Ces territoires et les gens qui les habitent sont plutôt habitués à ce qu’on les instrumentalise, et leur scepticisme est bien connu et compréhensible. Quoiqu’il en soit, le message est clairement passé depuis le début de ces fameuses tournées. Espérons qu’il sera entendu et compris.

L’obsession électorale

Gabriel affirme dans les médias que selon le résultat des prochaines élections, prévues en 2026, il pourrait réfléchir à son avenir. Un député a confié que si nous ne prenons pas le pouvoir en 2026, il ne nous restera pas beaucoup de temps pour le rendez-vous de 2030, soit pour atteindre nos objectifs de réduction des GES. C’est vrai.

On peut comprendre une certaine urgence. Mais on est en droit de se demander s’il existe un raccourci vers le pouvoir, pour un parti de gauche qui aspire non pas à seulement gérer les affaires de la province, mais à construire un pays et transformer la société en profondeur. Nous vivons un véritable dilemme. Devons-nous diluer notre message, et dire ce que les gens veulent entendre, même si ce n’est pas dans leur intérêt, pour prendre le pouvoir plus rapidement et finalement, ne pas transformer la société ? Il me semble avoir déjà joué dans ce film-là… Un « bon gouvernement » qui cache son option dans la garde-robe en attendant les « conditions gagnantes ». Ou bien devons-nous prendre le temps qu’il faut pour sensibiliser et conscientiser la population à notre projet de société à partir de leurs préoccupations ? Et si ce travail peut être fait en partie par une députation à l’Assemblée nationale, se pourrait-il que pour l’essentiel, ce soit sur la patinoire de la rue et des territoires partout au Québec, que la partie va se jouer ?

Quand je vois l’impatience électorale de certains de nos élus, je me dis qu’il en a fallu de la patience pour ne pas lâcher quand on a lancé le Rassemblement pour une alternative politique en 1997, l’Union des forces progressistes en 2002, Option citoyenne en 2004 et pour réunir tout ce beau monde en 2006 autour de QS, sans parler d’Option nationale en 2011, qui rejoindra QS en 2017. Nous savions que nous étions en train de construire un véhicule pour la gauche et que c’était un projet à long terme. Le fait de recueillir 15-20 % dans les sondages et d’avoir aujourd’hui 12 député.es est un exploit, qui s’est somme toute réalisé pas mal moins rapidement qu’espéré. Et pourtant…

Un parti de gauche a besoin d’une boussole pour réaliser sa mission. Cette boussole n’est pas le nombre de député.es, ni les sondages. Cette boussole, ce sont les luttes sociales et la vitalité des mouvements sociaux. Ce qui fait évoluer la conscience des gens devant les enjeux politiques, ce sont les luttes sociales. Ce qui donne de la pertinence à un parti qui aspire à transformer la société, c’est sa capacité à rester en phase avec les luttes sociales et les mouvements sociaux qui les mènent. Idéalement, c’est d’entrer dans une dynamique de co-évolution avec les mouvements sociaux. J’avais écrit, au moment de la fondation de QS en 2006[1], que notre parti avait le défi de ne pas sombrer dans l’électoralisme et de demeurer connecté aux luttes sociales, afin de s’assurer qu’une fois au pouvoir, il puisse compter sur des mouvements sociaux forts pour défendre ses politiques face aux intérêts capitalistes et financiers, ou pour le ramener dans le droit chemin s’il devait s’en égarer. Car nous savons que cela peut arriver, malheureusement. La démocratie, c’est  « le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple ». Nous avons le défi, pas seulement de prendre le pouvoir politique, mais de contribuer à ce que le peuple lui-même exerce son pouvoir. Le pouvoir, ça ne se transmet pas, « ça se prend » disait Michel Chartrand. Le rôle d’un parti qui veut construire une réelle démocratie, c’est d’être aux côtés du peuple en marche vers sa prise du pouvoir. Si ce parti élit des député.es, ceux-ci et celles-ci sont le reflet, le prolongement de leurs luttes à l’Assemblée nationale.  Alors, quel sera notre plan de match pour 2026 ?

L’élection de notre co-porte-parole féminine, une opportunité

L’élection d’une co-porte-parole extra-parlementaire comme Émilise Lessard-Therrien est une excellente occasion à saisir au prochain congrès, afin de permettre à QS de faire un réel bond en avant, à la différence d’une fuite en avant. Émilise a l’expérience de la représentation à l’Assemblée nationale avec tout ce que cela implique. Elle connaît bien cette patinoire et les règles de la joute qui s’y mène. Elle pourra facilement se synchroniser avec l’aile parlementaire et son co-porte-parole et député. Mais elle aura un atout supplémentaire, elle ne siège pas en ce moment et elle est connectée aux luttes sociales, notamment celles des régions dont le décollage est espéré. Elle porte en elle, voire, elle incarne les problèmes et les aspirations des populations qui habitent et enrichissent les territoires du Québec. La souveraineté alimentaire, les villages en dévitalisation, les transnationales aux actionnaires étrangers assoiffés de profits, les projets extractivistes, les élites locales tentées par l’aplaventrisme, les difficultés d’accès aux soins de santé, à l’éducation, aux services de base, l’enjeu de l’immigration en région, de la décentralisation, l’accaparement des terres agricoles, le territoire et la soif de souveraineté partagés avec les Premières Nations. Émilise a tout ça dans le sang, dans chacune de ses pensées, dans sa respiration, dans chacun des mots qu’elle prononce. Dans ses rêves pour notre pays.

Les enjeux du co-porte-parolat ne règleront pas tous nos problèmes. Mais face aux défis qui se posent à notre parti en 2023, une co-porte-parole qui incarne notre volonté d’être en phase avec les luttes des mouvements sociaux, et qui porte continuellement – et pas seulement au travers des autres sujets – la voix de l’arrière-pays, des territoires qui font le Québec, c’est se donner une chance de faire enfin décoller le projet de société de Québec solidaire en région, une condition essentielle à la prise du pouvoir électoral et à la transformation de la société.


[1] Dostie, Pierre. Face aux enjeux du pouvoir, les défis d’un parti progressiste émergent, en phase avec les luttes des mouvements sociaux. Revue Nouvelles pratiques sociales, vol. 19, no 1, automne 2006. https://www.erudit.org/fr/revues/nps/2006-v19-n1-nps1615/014794ar.pdf

Les « partis frères » devraient se garder une petite gêne à l’approche des élections générales.

Dans le Quotidien du 24 juin dernier, Hélène Buzzetti évoque le malaise que pourrait créer, lors de la prochaine campagne électorale, l’appui du Bloc Québécois au Parti Québécois dans les circonscriptions où l’appui des électeurs semble aller plutôt vers la CAQ. Le Bloc, bien qu’indépendantiste, se donne pour mission de défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Ce qui inclue de soutenir les revendications légitimes du gouvernement du Québec, quelle qu’en soit l’allégeance politique.

Dans le même Quotidien du 28 juin, M. Paul Crête lui répond que le caractère indépendantiste du Bloc justifie pleinement l’appui au « parti frère » qu’est le PQ, qui lui aussi embrasse la cause indépendantiste. Il reproche à madame Buzzetti d’oublier cette pièce maîtresse à son analyse.

Je me permets aujourd’hui d’ajouter une autre pièce à l’analyse. Il n’y a pas seulement un parti indépendantiste au Québec. Outre le PQ, il y en a au moins deux autres, dont l’un, Québec solidaire, a davantage de députés à l’Assemblée nationale que le PQ, et l’autre, nouveau venu, Climat Québec, est dirigé par Martine Ouellet. J’ajoute qu’il y a probablement des indépendantistes à la CAQ et qu’il y en a encore davantage en dehors des partis politiques existants.

Dans un tel contexte, et compte tenu de la mission que se donne le Bloc à Ottawa de défendre les intérêts du Québec nonobstant son option indépendantiste, les porte-paroles et instances de ce parti devraient éviter d’appuyer quelque parti et laisser les membres ainsi que leur électorat agir à leur guise lors des élections québécoises. D’autant plus que l’électorat du Bloc n’adhère pas nécessairement à la cause indépendantiste. Cela respecterait la diversité des allégeances et pourrait prévenir des tensions inutiles dans les rangs du Bloc Québécois.

Je suis moi-même membre de QS et du Bloc Québécois. Lors de la dernière assemblée générale du Bloc dans ma circonscription, j’ai eu le désagréable sentiment d’exclusion lorsque j’ai entendu des dirigeants parler de l’appui à donner au « parti frère » (ie le PQ) lors des élections à venir. Depuis longtemps je dénonce cette attitude sans grand succès malheureusement. On se demandera ensuite pourquoi le Bloc a du mal à recruter ailleurs que dans ses talles habituelles.

Je tiens à rappeler que lors des élections fédérales, il est interdit aux instances et porte-paroles de QS d’appuyer quelque parti fédéral, les membres sont invités à s’engager pour le parti de leur choix. Plusieurs soutiennent le NPD, d’autres le Bloc ou le Parti Vert.

Le Bloc québécois aurait avantage à imiter Québec solidaire aux élections générales québécoises.

Les vieilles habitudes des anciens « partis frères » devraient faire place à un peu de retenue, s’il est encore souhaitable pour eux de reconnaître la diversité politique et de construire des ponts entre les indépendantistes. À tout le moins, n’ajoutons pas de l’huile sur le feu inutilement.

Pierre Dostie, Chicoutimi

Fin d’un cycle de vie à l’UQAC

Successivement étudiant, chargé de cours et administrateur à l’UQAC : réflexions au terme d’une carrière passionnante en travail social et en enseignement universitaire.

Pierre Dostie ts, MSS, chargé de cours

Je suis un universitaire de première génération. Ni mes parents, ni mes grands-parents encore moins, n’ont eu accès à l’université. Je suis un fils de la classe ouvrière et j’en suis fier. Mon père a gagné sa vie dans les mines d’amiante à Thetford Mines et ma mère s’est consacrée à élever notre famille de six enfants.  J’ai connu l’UQAC en 1977, alors que j’y débutais un bac en Sc sociales, un genre d’ancêtre du bac en travail social. Les cours et le cheminement y ressemblaient au point où j’ai pu faire un stage de deux trimestres en organisation communautaire au CLSC Saguenay-Nord en 79-80. Né à Lac-Mégantic et ayant grandi dans la région de Chaudière-Appalaches, je suis plongé dans la Saguenay—Lac-Saint-Jean comme un poisson dans l’eau.

Fibre militante

J’avais déjà la fibre militante au point où certains de mes professeurs me rappelaient que si mes études nuisaient à mes engagements, il me faudrait faire des choix. Mais cela ne m’a pas empêché d’avoir de bons résultats, tout en poursuivant mes engagements sociaux et politiques.

Parmi ces engagements à l’époque, outre l’Association générale étudiante (AGE) dont j’ai été président en 1978 (ancêtre du MAGE-UQAC), le premier journal étudiant (le Kakou), et la radio communautaire de Jonquière (CHOC-MF), il y a eu la mise en place de la Coopérative de recherche et d’intervention socio-économique (CRISE), qui allait devenir plus simplement la Coopsco. Avec mes collègues Gilles Dubois et Dominique Trudel, nous avions lancé une mobilisation à l’échelle de la communauté universitaire, fait un plan d’affaires et fondé la coopérative qui est aujourd’hui une entreprise florissante.

Après un contrat de deux ans à Montréal à la suite de ma graduation en 1980, je suis retourné dans ma région d’origine en me disant régulièrement qu’au SagLac, j’y reviendrais n’importe quand. J’y ai entretenu d’ailleurs de fortes amitiés malgré l’éloignement et à travers le temps.

Retour en région

L’occasion s’est présentée dans un contexte où, en 1993, après 11 ans de pratique en CLSC, d’ancienneté et je dois dire de désenchantement, et après une maîtrise en service social des groupes faite à temps partiel à l’Université Laval, tout en conciliant mon rôle de travailleur et de jeune père, je sautai sur l’occasion d’un contrat de travailleur social au département de toxicomanie de l’hôpital de Jonquière où je donnai libre-cours à ma passion pour l’intervention de groupe. Quand j’y pense, c’est quand même un parcours particulier que de provenir d’une autre région pour venir étudier ici, quitter la région après les études et revenir après 13 ans, pour y rester.

L’indépendantiste en moi vous dira que j’ai comme grande fierté d’avoir voté « Oui » avec la majorité régionale, aux deux référendums de 1980 et de 1995.

La passion d’enseigner

Parallèlement à mes nouvelles fonctions de travailleur social en toxico, je débutai ma carrière de chargé de cours à l’UQAC qui s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui. La passion du travail social s’est doublée d’une passion pour l’enseignement qui m’a permis de me tenir à jour sur ma profession et sur la réalité des nouvelles générations, de leur communiquer mon expérience pratique et, je dois l’avouer, de tenir le coup, parfois même en sublimant, pendant les années difficiles qu’a traversé le réseau de la santé et des services sociaux. Le contexte que nous traversons dans cette interminable pandémie ne nous porte pas à croire qu’il a pu y avoir des années difficiles auparavant, mais oui. C’était différent, mais rude, entre autres dans les années ’80 où la main-d’œuvre surabondait à la différence d’aujourd’hui – on a pu voir plus de 100 personnes postuler sur un emploi de ts dans une petite ville – alors que les coupes de budget dans les années ’90 ont affecté grandement notre quotidien.

C’est en 1997 que la morosité post-référendaire et le virage à droite du gouvernement de Lucien Bouchard ont éveillé un mouvement de rassemblement et d’unification de la gauche québécoise dans lequel je me suis intensément engagé, et dans lequel je joue encore un rôle, plus modeste aujourd’hui, auprès de la belle jeunesse qui a pris la relève.

Un rêve amorcé et abruptement interrompu

Je pris une retraite précipitée du CSSS de Jonquière en 2015 alors que j’étais devenu cadre supérieur depuis une dizaine d’années, notamment comme Directeur des clientèles en Dépendances, Santé mentale, Enfance-famille-jeunesse, et Santé publique. Certaines réformes menées depuis 2004 avaient ouvert la porte à des défis qui m’ont attiré vers ces fonctions, dont celui de la responsabilité populationnelle, que notre établissement a choisi d’assumer en partageant les décisions sur les trajectoires de services et sur les budgets de santé publique avec les 95 organismes partenaires du réseau local de services, le Conseil des partenaires, une instance démocratique élective relevant directement du C.A. Cette initiative, saluée à l’échelle du Québec, fait partie du patrimoine que la contre-réforme Barrette de 2015 a jeté aux poubelles, prétendument parce que « ça n’apportait rien aux patients » (sic).

Ma carrière en santé et services sociaux s’est terminée abruptement après 33 ans, sans préparation, sans faire de legs, sans prendre le temps de boucler mon expérience, pendant que l’on démolissait ce qui avait été construit dans la décennie précédente.

Depuis 2015, je me suis concentré sur ma carrière de chargé de cours, dans ma continuité en quelque sorte, et sur ma vie de semi-retraité. J’ai éprouvé une grande satisfaction à prendre le temps de préparer mes cours et de me rendre disponible aux besoins des étudiant.es. Cela m’a aussi laissé plus de temps pour mes engagements sociaux et politiques, qui eux n’ont jamais cessé depuis plus de 50 ans maintenant. J’ai pu enfin boucler une partie de ma vie professionnelle.

Implication institutionnelle

Je me suis impliqué au sein de notre université depuis le début. Que ce soit comme étudiant, chargé de cours ou administrateur. J’y ai fait des rencontres extraordinaires, j’ai développé des liens solides avec des personnes de tous horizons. Que ce soit au sein de l’Unité d’enseignement en travail social, ou de son ancêtre le Conseil de module (en 2006 et depuis 2016), où j’ai pu à deux occasions agir comme chargé de projet pour l’évaluation et l’agrément du bac en travail social (en 2000 et 2007), que ce soit au sein de la Commission des études de la recherche et de la création (2016-2018), ou que ce soit au Conseil d’administration (depuis 2018) où je siège toujours pendant encore quelque temps, ou encore au Syndicat des chargé.e.s de cours qui fait un travail remarquable pour briser l’isolement de ses membres, améliorer leurs conditions et favoriser leur intégration dans une institution qui dépend en grande partie de leurs compétences, mais qui les rend souvent invisibles. J’ai traversé toutes les crises et toutes les réussites de cette institution du haut savoir depuis bientôt 30 ans, à laquelle je suis tant attaché et de laquelle je suis si reconnaissant. J’ai l’impression aujourd’hui que l’UQAC n’est pas seulement mon Alma mater. Elle a été pour moi le lieu d’une carrière d’enseignement universitaire hautement enrichissante, bien qu’à temps partiel. Que ce soit par les échanges et collaborations avec les collègues chargé.es de cours ou certain.es professeur.es, ou l’engagement dans les différentes instances de l’université.  Tout compte fait, je suis heureux d’avoir pu donner en fin de carrière, quelques années d’engagement, en partie bénévole, au bénéfice de notre institution.

J’aimerais bien pouvoir faire un « mégadon »  à la Fondation de l’UQAC comme ceux que font certains multimillionnaires à McGill, Concordia ou Bishop’s. Quand on a reçu, on peut avoir envie de redonner. Et même avec des moyens limités, c’est toujours de bon cœur. Le réseau de l’UQ est un acquis fragile qui en a particulièrement besoin…

En tout cas, sur le plan professionnel, et en bonne partie sur le plan personnel, l’UQAC, pour moi, c’est là où tout a commencé, et c’est là où j’ai le privilège de pouvoir boucler la boucle aujourd’hui.

Je veux remercier sincèrement toutes les étudiantes et tous les étudiants que j’ai eus, les assistant.es pédagogiques, les collègues chargé.es de cours, professeur.es, attaché.es administratives ou techniciens, professionnel.les, personnel de soutien, cadres, cadres supérieur.es et chef.fes d’établissement, toutes les personnes qui contribuent chaque jour au développement de notre université. Vous avez aussi contribué à mon éducation et à mon développement, comme à celui de la région et du Québec. Je vous suis toutes et tous reconnaissant.

Perspectives

Je prépare ma retraite pour la fin de juin 2022 et je pense encore parfois à certains de mes anciens enseignant.es de l’UQAC, dont quelques-uns sont aujourd’hui décédés, et à ce que ces maîtres m’ont transmis. La passion du travail social, l’engagement envers les groupes vulnérables, envers le Québec et ses régions, pour une société qui ne laisse personne derrière.

L’Université du Québec n’est pas tombée du ciel. La génération de mes parents s’est battue et a marché dans les rues pour McGill français, la création des cégeps et du réseau de l’Université du Québec. J’ai marché pour cela en 1969 avec mes parents.

Je me souviens d’une intervention de mon père alors en pleine grève de l’amiante en 1975, lors d’une assemblée d’information aux parents organisée par l’association étudiante du cégep dont je faisais partie. Il expliquait combien cette lutte pour les prêts et bourses était importante pour la classe ouvrière, pour l’accès aux études supérieures, pour sortir du cercle vicieux de la pauvreté.

L’Université du Québec m’a ouvert, ainsi qu’à ma génération et aux suivantes, des portes vers l’accomplissement individuel et collectif.

Aujourd’hui, il est encore nécessaire de retourner dans la rue pour dénoncer un réseau universitaire à deux, sinon trois vitesses, et pour réclamer la gratuité scolaire qu’avait tant souhaitée le rapport Parent, et ce pour quoi se battent encore nos étudiant.es en ce moment.

Aussi pourquoi l’UQAC ne décerne-t-elle pas un doctorat honorifique à Sonia Côté, de Loge m’entraide, ou à Jean Paradis, fondateur de Négawatts ?

Comme quoi ce n’est jamais fini et qu’il n’y a jamais, malgré les avancées, de quoi s’asseoir sur nos lauriers…

Dépolluons le débat sur GNL

Le sophisme est un procédé rhétorique vieux comme le monde, qui consiste à présenter une fausseté comme étant vraie, en l’habillant d’une apparente rigueur. L’ancien député et ministre Jacques Brassard nous y avait habitué en prétendant que la go-gauche était au pouvoir alors que le capitalisme sauvage battait son plein et que nos élus s’aplaventrissaient devant lui. Ce n’est pas très surprenant que les politiciens se servent abondamment des sophismes pour tromper la population sur leur véritables intentions. Mais ce qui déçoit, c’est lorsque des gens qui se targuent d’appartenir au monde scientifique, voire universitaire, utilisent les sophismes assortis du mépris, pour défendre une cause comme celle du méthane. C’est ce qu’a fait Pierre Charbonneau, ingénieur et auxiliaire d’enseignement à l’UQAC, dans une lettre publiée dans le Quotidien du 3 mars 2021.

Alors qu’il vante les « bienfaits du projet pour la région et pour le monde entier », M. Charbonneau ignore volontairement que les scientifiques qui se sont prononcés sur le projet GNL dans le cadre des consultations du BAPE, l’ont rejeté comme étant des plus nuisibles, et loin d’être contributif à la lutte aux changements climatiques, comme le prétendent le promoteur et ses porte-voix.

L’immense majorité des scientifiques ont en effet contredit devant le BAPE les propos de M. Charbonneau, selon lesquels, « Le gaz naturel est le remplaçant de premier choix des sources d’énergie indésirables ».

Affirmant que « les élus de Saguenay ont brillé par leur silence », M. Charbonneau les avertit qu’ils auront à en répondre. Pourtant, ces derniers ont approuvé l’utilisation de plus de 145,000 $ des fonds municipaux pour commander des études en vue de favoriser l’acceptabilité sociale des grands projets et appuyer l’organisme bidon Je crois en ma région dans le but de faire croire, en vain, à un appui de la population.

Notre ingénieur universitaire continue en dénonçant « l’intimidation des opposants par leur envahissement médiatique ». Les opposants ont fait valoir leur point de vue, tout comme les promoteurs du projet. Mais si l’on veut parler d’intimidation, l’on pourrait se référer à la manifestation d’une centaine de militants pro-GNL à laquelle a participé M. Charbonneau portant des gants en cuir malgré la température de 18 degrés, ridiculisant, encerclant et poussant les quelques opposants venus présenter une installation humoristique à l’occasion de l’ouverture des séances du BAPE le 21 septembre dernier. S’agitant agressivement à la face des gens, leur criant après, les encerclant et réussissant à empêcher des entrevues avec les médias, ainsi que la présentation des opposants. Qui intimide qui M. Charbonneau ?

En plus de menacer à mot couvert les élus de Saguenay, M. Charbonneau avertit les élus du parti au pouvoir à Québec, que s’ils refusent d’aller de l’avant avec l’exportation du méthane sale de l’Alberta, malgré un hypothétique refus du BAPE, ils s’en souviendront lors des prochaines élections, car dit-il, « nous constituons la majorité votante ». Pourtant, il a été démontré que les 85% d’appui dont se vantent les pro-GNL, en faisant une interprétation – peu scientifique en passant – des sondages, ne tiennent pas la route. La population de l’ensemble du Québec, le Saguenay—Lac-Saint-Jean y compris, est très inquiète du réchauffement climatique et est favorable à une transition rapide vers les énergies propres.

Enfin, que vaut l’argument des emplois dans une usine de liquéfaction de méthane (énergie fossile) qui contribue au réchauffement, tout en accaparant l’électricité dont on sait qu’elle se fera plus rare et qu’elle serait mieux utilisée dans la transition que pour la pollution. Tout comme la main-d’œuvre, qui est en pénurie dans presque tous les domaines, serait mieux utilisée dans des emplois plus utiles et durables.

Les sophismes ont la couenne dure, au pays colonisé par la grande industrie et les investisseurs étrangers. Ce n’est pas vrai finalement, que de répéter sans cesse un mensonge, cela en fait une vérité. Ce qui peut arriver toutefois, c’est que le choc de la réalité soit brutal et qu’il fasse mal, tôt ou tard.

Et surtout si l’on se réclame de la science, mieux vaut à tout le moins se garder une petite gêne avec la rhétorique sophiste.

Le monde a déjà changé et il ne faudrait pas manquer le train parce qu’on attend un bateau qui ne viendra pas.

Pierre Dostie

Citoyen de Saguenay

Carrefour des lecteurs du Quotidien, le 10 mars 2021