Retour aux sources du Manifeste du Rassemblement pour une alternative politique

Le Manifeste du RAP de 1998 marque un coup d’envoi important dans le processus de rassemblement et d’unification de la gauche québécoise. Au moment où celle-ci est traversée par des débats fondamentaux, il me semble utile de relire le manifeste qui a permis la naissance d’un mouvement, puis d’un parti, qui a connu une suite de regroupements et de fusions, dont l’Union des forces progressistes et Option citoyenne, et plus récemment, Option nationale, qui ont conduit au parti Québec solidaire que nous connaissons aujourd’hui. Si un certain ménage et une mise à jour s’imposent, il nous faut savoir éviter de « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Ayons la sagesse de nous alléger de ce qui est trop lourd à porter et de conserver ce qui est essentiel pour la réalisation du projet de société, porté par nos rêves et engendré par nos efforts depuis plus de 25 ans maintenant. Ce manifeste en fait partie.

Assemblée électorale à l’occasion de la campagne du candidat du RAP Michel Chartrand dans Jonquière en 1998.

Manifeste du Rassemblement pour l’alternative politique

« Pour que renaisse l’espoir »

UN VENT DE DROITE BALAIE LE QUÉBEC

1. Un vent de droite, le vent porté par le néolibéralisme, balaie le Québec depuis le début des années 80. Il s’agit là d’une forme critique du capitalisme, dans toute sa nudité, toute sa cruauté, toute sa sauvagerie. C’est une crise multiforme, à la fois économique, politique, idéologique et stratégique, essentiellement marquée par la volonté de destruction progressive de l’état et d’imposition de la dictature du marché.

2. Le référendum du 30 octobre 1995 constitue un point tournant dans l’accélération de ce processus d’installation du néolibéralisme au Québec. Au cours des mois qui ont précédé ce référendum, une mobilisation d’une ampleur jamais vue des forces progressistes québécoises, regroupant l’immense majorité des organisations syndicales et populaires, s’était réalisée pour apporter un soutien sans précédent au camp du OUI. Partout à travers le Québec, des milliers de Québécoises et Québécois de toutes origines ont pris la parole et investi leurs espoirs dans un changement de statut politique qu’elles et qu’ils associaient à un changement social en profondeur. Cet espoir s’est traduit par un vote très majoritaire en faveur du OUI dans les quartiers et régions les plus défavorisés du Québec. Malgré cela, le Québec a raté son rendez-vous avec l’Histoire.

3. Dès le lendemain de cette défaite, le gouvernement du Parti québécois, sans mandat populaire mais avec l’acceptation des directions syndicales et du patronat et malgré les résistances citoyennes, populaires et communautaires, s’alliait, lors du tristement célèbre Sommet socio-économique du Déficit Zéro, aux forces mêmes qui avaient juré de nous « écraser » lors de la campagne référendaire.

4. De fait, le projet de souveraineté était mis au rancart. Il s’agissait, désormais, de s’adapter aux forces du marché et de mettre le Québec à l’heure de la mondialisation, selon les dires mêmes du Premier ministre, en supprimant toutes les barrières à la compétition mondiale et au rendement des entreprises.

5. C’est ainsi que, dans son souffle, le vent néolibéral allait emporter, entre autres morceaux de notre édifice social, 300 hôpitaux et centres d’accueil, 30 000 emplois dans la fonction publique, 1,2 milliard dans le budget de l’éducation, 75% du personnel d’enquête et 40% du budget du ministre de l’Environnement, considéré comme un obstacle au développement économique. La bourrasque allait également déposer une facture de 500 millions sur le perron des hôtels de ville déjà durement éprouvés ces dernières années. Tout le monde doit contribuer à l’élimination du déficit, mais on ne demande rien aux entreprises. On pourchasse le travail au noir qui est souvent moins de la fraude que de la survie, mais on ferme les yeux sur l’évasion fiscale des riches et on annonce une réduction du tiers de la taxe des entreprises sur la masse salariale. On n’hésite pas à démanteler les outils de développement et les protections sociales, environnementales et culturelles dont on était fier, au profit des grandes entreprises.

6. Des milliers de personnes exclues de l’emploi suite à la réorganisation, à la fusion, à la relocalisation ou tout simplement à la fermeture d’entreprises ou de services publics ne peuvent plus compter sur un véritable soutien de l’État. Elles sont condamnées à errer dans les dédales des programmes d’assurance-chômage, si elles font partie des 50% qui ont encore droit à des prestations réduites, avant de se retrouver dans les sinistres « parcours de l’emploi » de l’aide sociale qui peuvent, pénalités aidant, mener au dénuement total, avec son cortège d’endettement et de vente de maison, sans parler des divorces, des suicides et de la désintégration des milieux de vie qui s’en suivent. Celles et ceux qui ont encore un emploi doivent souvent consentir des baisses de salaires et travailler plus longtemps. Les familles monoparentales, les étudiantes et étudiants ainsi que les jeunes écopent plus que les autres. Les personnes exclues, au sein desquelles les femmes sont les plus pauvres d’entre les pauvres, forment plus du quart de la population et l’appauvrissement gagne les classes moyennes: 52% des Québécoises et Québécois vivent avec un revenu annuel de moins de 20 000 $.

LE DÉFICIT COMME ARME D’INTIMIDATION

7. Pour justifier ces compressions, une campagne orchestrée et financée par les tenantes et tenants du néolibéralisme et soutenue par la classe politique et les responsables des médias qu’elles et qu’ils manipulent en coulisses, a cherché à imposer l’idée que le Déficit était un ogre qui allait bouffer l’ensemble du corps de l’État si l’on ne calmait pas dès maintenant ses appétits en lui sacrifiant tantôt une jambe, tantôt un bras de ces services sociaux dont les coûts croissants auraient engendré le monstre. En brandissant la menace des agences de cote de crédit, on a fini par faire croire à tout le monde qu’on n’avait plus les moyens de se payer ces services.

8. La vérité est aujourd’hui connue et elle est tout autre. Les programmes sociaux ne sont pas à l’origine de la dette accumulée et des déficits récurrents. Ceux-ci découlent de deux causes principales: d’une part, la politique des taux d’intérêts élevés de la Banque du Canada dictée par les banques et les détentrices et détenteurs d’actions pour casser l’inflation qui rongeait leurs fortunes et, d’autre part, la multiplication des abris fiscaux et les diminutions d’impôts consenties aux entreprises qui ont privé l’État de revenus essentiels et ce, sans créer les emplois promis. Le libre-échange n’a fait qu’aggraver la situation des travailleuses et travailleurs et des personnes exclues en incitant les entreprises à s’aligner sur les pays les moins avancés. Et la tromperie de cette campagne apparaît au grand jour quand on nous annonce qu’on réinvestira les surplus à venir dans des réductions d’impôts, qui ne profiteront qu’aux riches et aux entreprises, plutôt que dans les programmes sociaux et les services publics.

UN VIRAGE MAJEUR

9. Un profond changement idéologique a accompagné les politiques du Déficit Zéro. On a remis en question le rôle de l’État en tant que redistributeur de la richesse et des revenus, de garant de l’intérêt collectif, d’émanation de la volonté populaire. L’État abdique sa souveraineté au profit du pouvoir économique. Le marché remplace l’État. La citoyenne ou le citoyen n’est plus qu’une cliente ou un client et une consommatrice ou un consommateur. L’intérêt privé a priorité sur l’intérêt public. Le collectif cède la place à l’égoïsme individuel. Les citoyennes et citoyens sont trahis par leurs élues et élus qui gouvernent pour les entreprises plutôt que pour le monde. La justice sociale est remplacée par la philanthropie et la charité privée qui entretiennent la pauvreté et culpabilisent les pauvres. La démocratie ne fonctionne plus.

10. Désormais, la redistribution de la richesse et des revenus ne se fait plus par l’État via une fiscalité équitable et des services publics humains mais par le biais de la Bourse, même si 74% de la population n’y possèdent aucune action. C’est cette main invisible providentielle qui a déposé en 1997 28 millions de dollars en rémunérations dans les poches de Robert Gratton de Power Corporation; mais c’est néanmoins une décision gouvernementale qui fait en sorte que, de ce montant, 23 millions provenant de l’exercice d’options d’achat ne sont taxés qu’à 75%, alors que le salaire d’une travailleuse ou d’un travailleur est imposé à 100%, et que les 63 millions en options d’achat d’actions que Laurent Beaudoin laisse dormir sans les exercer ne seront pas taxés parce que le Canada est un des seuls pays développés à ne pas avoir d’impôt sur la fortune.

11. La dictature du marché requiert la privatisation de joyaux collectifs comme la SAQ et Hydro-Québec et, bientôt, de ce bien essentiel à la vie qu’est l’eau; elle requiert également la mise sur pied de laboratoires, de cliniques et d’hôpitaux privés pour éviter les listes d’attente et l’insuffisance des services publics de santé; elle requiert enfin l’introduction dans les écoles de commanditaires et de fondations privées ainsi que l’augmentation des frais de scolarité et une taxe à l’échec pour compenser le sous-financement des écoles, sans tenir compte du fait qu’on aggrave ainsi l’endettement, le décrochage, l’analphabétisme, le chômage et la mendicité chez les jeunes.

12. La dictature du marché refoule la culture nationale dans les marges de l’histoire et impose l’hégémonie culturelle des nations et des groupes qui dominent sur les marchés économiques mondiaux. L’argent est l’unique valeur.

13. La dictature du marché pousse à une croissance sans fin et à une consommation illimitée pour satisfaire des besoins souvent artificiels, mettant ainsi en danger l’avenir des ressources et l’équilibre vital de la planète.

14. La dictature du marché amène avec elle le libre-échange et la mondialisation de l’économie qui ne sont, dans les faits, qu’une américanisation de notre économie et qui nous réduisent à être un peuple de sous-traitants de l’Oncle Sam et, de nouveau, « les nègres blancs d’Amérique ». La mondialisation concentre la richesse entre les mains d’une minorité regroupée dans des organismes internationaux privés comme l’OCDE, le FMI et la Banque mondiale, qui font plier les gouvernements. Les négociations en cours de l’Accord multilatéral sur les investissements (AMI), qualifié par le directeur même de l’OCDE de nouvelle constitution de l’économie mondiale unifiée, sont un exemple révoltant de la volonté de ce pouvoir économique mondial parallèle de se soustraire au contrôle des États nationaux et à sa contribution sociale. Les 358 personnes, dont la fortune est supérieure au revenu annuel des 45 % d’humains les plus pauvres, soit 2,6 milliards de personnes, mènent le monde à un désastre économique, à un désastre écologique et à un nouvel esclavage à dimension planétaire.

SONNER LE RASSEMBLEMENT

15. Aujourd’hui, à l’aube de l’an 2000, le Québec se rebelle et veut reprendre en mains son destin. Cinquante ans après celui de nos aînées et aînés, le Québec oppose un autre refus global à la trahison de nos élites qui prétendent que nous n’avons pas le choix, qu’il n’y a pas de salut hors de l’entreprise privée et que la loi du profit et du libre marché est une loi naturelle. Il n’est pas vrai qu’on n’a pas le choix, qu’on est obligé de mourir dans un corridor d’hôpital, de croire au Déficit Zéro ou de voter pour des partis qui pensent encore que les entreprises créent des emplois et qu’il faut les subventionner abondamment.

16. Il faut reprendre la parole et s’engager dans l’action pour remplacer le Déficit Zéro des gouvernements par le déficit démocratique zéro, par la pauvreté zéro et par le développement viable. Il faut désarmer ce pouvoir économique mondial et le mettre hors d’état de nuire.

PARTAGER LA RICHESSE

17. Nous voulons maîtriser notre destin en utilisant les ressources naturelles dans une perspective de conservation et de renouvellement continu et ce, pour la satisfaction des besoins matériels, culturels, intellectuels et sociaux de l’immense majorité des gens de ce coin de terre et non pour la recherche du profit maximum. Nous voulons que la coopération, la fraternité, la solidarité et l’espoir remplacent la compétition, l’angoisse, l’anxiété et la peur du lendemain. Nous voulons, toutes et tous, profiter des bienfaits de siècles de progrès technologique et des gains de productivité qui accompagnent ce progrès. C’est ainsi que nous comprenons la mondialisation.

18. Nous considérons que l’État doit placer le bien commun au-dessus des lois du marché et garantir la redistribution des richesses collectives et des revenus par une fiscalité équitable, des services collectifs complets, une politique de plein emploi et un niveau de vie décent. La solution de rechange à l’État-providence n’est pas l’État minimal mais l’État démocratique, respectueux des citoyennes et citoyens et gérant du bien commun, l’État rassembleur et non l’État qui creuse un fossé entre les riches et les pauvres.

19. Nous voulons pour toutes et tous un travail qui leur permette de vivre décemment et d’apporter une contribution valorisante à la société. Comme l’économie moderne, même en croissance, ne semble plus en mesure d’assurer un emploi et un salaire conventionnel à tout le monde et laisse de côté un nombre croissant de personnes exclues, nous réclamons une réduction générale et importante du temps de travail avec pleine compensation de façon à répartir équitablement, d’une part, le temps obligatoire de travail nécessaire à produire les biens et services nécessaires et, d’autre part, le temps libre pouvant être consacré à l’épanouissement physique, culturel et social des individus.

20. Nous croyons qu’on peut créer de nombreux nouveaux emplois bien rémunérés dans des secteurs considérés à tort comme non productifs, tels que l’aménagement des ressources naturelles et patrimoniales, l’environnement, le développement culturel, l’éducation, la prise en charge des enfants et de groupes de personnes dans le besoin et ce, sans remettre en cause la nécessité des services offerts par le secteur public.

21. Nous voulons assurer à toutes et à tous l’accessibilité à l’éducation gratuite et à la formation qui leur permettraient de s’intégrer dans une société qui repose de plus en plus sur le savoir.

22. Nous réaffirmons l’importance de garantir des services publics gratuits, universels, complets et de qualité dans les domaines de la santé et des services sociaux, de l’éducation, de la justice, de la famille, de la culture, des loisirs et de la protection de la citoyenne et du citoyen.

23. Nous voulons un revenu décent garanti et des mesures d’intégration sociale sans harcèlement de l’État; de toute évidence, la multitude incohérente des programmes sociaux actuels ne suffit plus à contrer la pauvreté et l’exclusion sociale et nous croyons qu’il faut mettre au point un système qui intègre l’ensemble des mesures visant à garantir à chacune et à chacun un revenu décent et une contribution sociale valorisante.

24. Nous voulons une réforme de la fiscalité nationale et internationale car, sans les centaines de milliards de dollars qui échappent à l’impôt par les abris et paradis fiscaux, les taux d’imposition outrageusement bas ou l’absence totale d’imposition sur les fortunes, les successions familiales, les sorties de capitaux et les spéculations financières, il est impossible de s’attaquer sérieusement au problème de l’exclusion et de l’écart entre les riches et les pauvres.

RESTAURER LA DÉMOCRATIE

25. Nous entendons développer un projet démocratique fondé sur les principes de la souveraineté populaire et de la participation réelle des citoyennes et citoyens en favorisant l’information et l’éducation politique afin d’assurer que les décisions soient prises dans l’intérêt de la majorité et non des groupes d’intérêts puissants qui soudoient les politiciennes et politiciens, la haute fonction publique ainsi que certaines dirigeantes et certains dirigeants syndicaux et intimident les gouvernements coupés de la base. Nous voulons redonner la parole aux citoyennes et citoyens, recréer des lieux politiques de discussion et de décision de façon à leur redonner un rôle actif. Nous favorisons l’institution d’une assemblée représentative des différents secteurs de la société, d’une assemblée constituante en vue de l’élaboration d’une constitution pour le Québec. Nous voulons encourager l’action collective des individus en favorisant l’accès à la syndicalisation et le soutien aux associations populaires, aux coopératives et aux organismes communautaires.

26. Nous voulons permettre à toutes et à tous de participer à notre vie démocratique pour édifier ensemble un État démocratique et laïc qui se fonde sur le respect des personnes et de l’environnement et sur l’égalité entre les citoyennes et les citoyens, quels que soient leur sexe, leur origine sociale ou nationale, leur religion, leur orientation sexuelle ou la couleur de leur peau. Nous voulons garantir à toutes et à tous les mêmes droits et prévenir le racisme et la discrimination par des mesures adéquates.

27. Nous combattons pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines. Nous aspirons à de nouveaux rapports humains faits de complicité, d’amour, de responsabilité partagée aussi bien au travail que dans la vie privée, notamment dans l’éducation des enfants qui est aussi une responsabilité sociale.

28. Nous considérons qu’il est de notre devoir de reconnaître le droit à l’autodétermination aux Premières nations de ce pays et d’établir avec elles des rapports de collaboration de nation à nation et ce, dans le respect mutuel.

29. Nous voulons améliorer notre système de représentation politique en instaurant le plus tôt possible un mode de scrutin proportionnel, en donnant plus de pouvoir aux députées et députés et moins à l’exécutif et aux partis, en dotant les régions de structures électives responsables et imputables, en prévoyant un mécanisme de rappel des élues et élus et en assurant une représentation politique proportionnelle à la réalité sociale.

DÉVELOPPER TOUTES NOS RÉGIONS

30. Nous concevons le développement régional en complémentarité avec le développement national et nous prévoyons un partage des pouvoirs et responsabilités entre l’État national et les régions.

31. Nous prévoyons que l’État national conserve la responsabilité des droits des personnes et des collectivités, de la justice et de l’équité sociales, de la protection du patrimoine collectif et des ressources naturelles, et nous incitons l’État central à investir afin d’accélérer le développement économique des régions.

32. Nous recherchons la réappropriation collective de la richesse par la remise aux régions d’une partie des redevances de la gestion des ressources naturelles, l’intensification de la transformation locale, la constitution de patrimoines collectifs et la diversification des activités dans les régions.

33. Nous proposons de contrer l’écart économique entre les régions en appliquant des politiques nationales de redistribution sociale et de financement par un système de péréquation équitable préservant notamment l’accès universel aux services publics.

34. Nous préconisons l’établissement de structures régionales électives aptes à démocratiser les orientations du développement régional.

FAIRE LA SOUVERAINETÉ POPULAIRE

35. Parce que, comme le disait l’écrivain Jacques Ferron, nous sommes d’abord de la petite rue où nous sommes nés, du quartier ou du village où nous avons grandi, de la ville où nous travaillons, et parce que les Québécoises et Québécois forment un peuple, nous pensons que la démocratie implique que l’État québécois récupère l’ensemble des pouvoirs qui en feraient un peuple souverain dans un pays libre, donc un Québec indépendant qui contrôle son économie et sa monnaie. Nous refusons de laisser à d’autres, en l’occurrence aux organismes canadiens ou internationaux, les décisions qui nous concernent.

36. La souveraineté que nous préconisons se veut un outil et un moyen pour réaliser librement une société juste et un régime politique fondé sur la souveraineté populaire. Libération nationale et émancipation sociale sont pour nous indissociables.

37. Nous voulons protéger notre langue et notre culture comme bases de notre développement en tant que peuple. Nous reconnaissons la pluralité de nos héritages culturels et l’apport de cette diversité à la culture commune. La culture québécoise, c’est notre façon à nous de vivre ensemble, notre mémoire, notre poésie, notre expertise, notre générosité, notre ouverture au monde, notre art de vivre. Et l’âme de notre peuple n’est pas à vendre, ni sa liberté. Nous croyons qu’il faut soutenir les entreprises culturelles québécoises qui doivent résister plus que jamais aux pressions du marché culturel mondial et à l’impérialisme culturel qu’il nous impose.

38. Nous voulons que chaque Québécoise et Québécois se sente membre d’un pays souverain et solidaire de tous les autres peuples de la planète qui subissent comme nous le rouleau compresseur de la mondialisation et de l’impérialisme culturel américain.

39. Nous pensons que, pour faire contrepoids aux accords multilatéraux de libre-échange, il faut réaliser des alliances et des ententes entre pays et négocier un nouveau contrat social mondial qui garantisse des règles touchant les droits de la personne, les conditions de travail, les services d’éducation et de santé, une fiscalité imposant une contribution sociale aux entreprises et aux capitaux, ainsi que la protection de l’environnement et des cultures nationales.

PRÉSERVER NOTRE PATRIMOINE

40. Nous refusons de considérer la protection de l’environnement comme un obstacle au développement économique et de mettre en danger l’avenir de nos ressources les plus essentielles, comme l’eau, en échange d’hypothétiques emplois.

41. Nous optons pour la gestion écologique de nos ressources et patrimoines de façon à en assurer la protection, la conservation, la durée et la mise en valeur et nous pensons que cette option doit s’imposer inconditionnellement et dans tous les secteurs, tant sur le plan national que dans les ententes internationales et ce, pour des raisons de santé et de survie collective.

42. Nous favorisons à cette fin l’adoption d’une charte garantissant la préservation et l’utilisation raisonnable de nos ressources.

UN GRAND MOUVEMENT D’ACTION POLITIQUE

43. Nous ne pouvons nous taire plus longtemps, sous prétexte de ne pas nuire au prochain référendum, et laisser détruire ce qui a été gagné au prix de luttes sociales longues et difficiles.

44. Nous invitons toutes et tous ainsi que chacune et chacun à mettre de côté leur méfiance envers l’action politique et à réinvestir le terrain politique. Cet appel s’adresse à toutes et à tous, individuellement, mais plus particulièrement à celles et à ceux qui oeuvrent dans les syndicats, les associations étudiantes, les groupes populaires et communautaires, les groupes de femmes, les groupes écologiques, les groupes d’entraide, les groupes pour la défense des droits, les comités de citoyennes et citoyens et de développement local en milieu urbain et en milieu rural, les groupes d’économie sociale, à toutes celles et à tous ceux qui n’acceptent plus de se taire. Nous pouvons unir et prolonger nos luttes particulières par la promotion d’un nouveau projet de société que nous implanterions progressivement dans les esprits et dans la réalité.

45. Pour réaliser ce projet alternatif de société, il faut rassembler autour des propositions de ce Manifeste toutes les forces progressistes du Québec en un grand mouvement démocratique d’éducation et d’action politique et créer dans tous les coins du Québec des équipes d’action imaginatives, capables de prendre position, d’interpeller les dirigeantes et dirigeants, de soutenir et prolonger les luttes populaires et de dénoncer les partis politiques traditionnels. Par ailleurs, dans le contexte actuel de maintien du Québec dans le régime constitutionnel fédéral, il faut développer et préserver, au niveau pan-canadien, des liens de solidarité et de coopération avec les organisations et les personnes partageant notre vision sociale et ce, principalement pour lutter contre les politiques néolibérales du gouvernement fédéral. Du reste, le Québec indépendant et progressiste que nous appelons de nos voeux entretiendrait des relations de solidarité agissante et de coopération mutuellement avantageuse avec tous les peuples épris de paix, de désarmement, de démocratie, de justice et de progrès social.

46. Un des objectifs de notre mouvement est de favoriser, dans sa mouvance, la mise sur pied d’une coalition électorale et d’un parti politique autonome capable d’offrir un choix aux électrices et électeurs et de traduire notre projet alternatif de société dans un programme politique précis et des décisions politiques concrètes à l’Assemblée nationale du Québec.

47. Nous invitons toutes celles et tous ceux qui partagent les idées de ce Manifeste à le dire publiquement et à se joindre au Rassemblement pour l’alternative politique. À nous de faire renaître l’espoir!

VIVE LE RAP!

VIVE LE PEUPLE QUÉBÉCOIS!

VIVE LE QUÉBEC!

ADOPTÉ À L’UNANIMITÉ PAR LE CONGRÉS SPÉCIAL DU RAP

TENU EN LA VILLE DE MONTRÉAL LES 7 ET 8 NOVEMBRE 1998


La boussole de François le dernier

Legault cherche sa boussole

S’est-il confié à Infoman

Serait-il désorienté

Depuis qu’il a le dos tourné 

À ses nombreux « amis »

Comme au projet de pays ?

Le loyal co-actionnaire d’Air Transat de 1997

Le fidèle allié de Pauline Marois en 2001

L’auteur de Finances d’un Québec souverain en 2005

Et aspirant chef du PQ, loyal envers ses militants

L’avaleur d’ADQ en 2012

La très démocratique Coalition avenir Québec à lui tout seul

Bon papa Legault n’a plus la mémoire

De la défaite des plaines d’Abraham en 1759

Du massacre des patriotes à l’église de Saint-Eustache en 1837

De leur pendaison au pied du courant le 15 février 1839

Du rapport Durham de la même année

De l’acte d’union de l’année suivante : 1840

Conçu expressément pour nous inférioriser

Nous déporter de toute velléité nationale

Capitaine Canabec a perdu le nord

Depuis qu’il a eu son mandat fort

Prétendant rapatrier l’immigration

Pour nous faire tourner en rond

Dans l’histoire et ses rebonds

Je me souviens

Néanmoins…

De la grande noirceur 

De la révolution tranquille

De la crise d’octobre 70

Du NON de 80

De la nuit des longs couteaux de 82

Du rejet de Meech en 90 

Ou de celui de Charlettown en 92

Du OUI volé dans la tricherie en 95

Par les love-in et les come-in

Dans la déception et la colère

La torpeur et la honte

Pour ne pas dire

Le traumatisme

Et puis,

Je me souviens encore…

Du scandale des commandites

Des retours d’ascenseurs dans l’industrie de la construction

Des élections « clés en main »

Et des mesures d’austérité

Ce sont vos factures que vous nous faites payer

Un chum c’t’un chum mon Johnny

Les champions de la corruption

Qui ont régné sur les circonscriptions

Convoqués devant une Commission

Ont fait un bon show de télévision

Mais l’enquête s’est fait mâchurer à son tour

Le suspect numéro un court toujours

385,000 tomates lui seraient dues

« On paye pour se faire botter le cul » dixit feu Michel Chartrand 

Le comptable nous a égaré

Dans le festival de l’humour

Le beau risque

Les conditions gagnantes

Les stratégies perdantes

La gouvernance provincialiste

Le néo-duplessisme 

Le bien commun marchandisé

Et la pseudo-décarbonation

À la Fitzgibbon

Le grand réformateur du mode de scrutin

Tergiverse sur le troisième lien

Le roi des Kebs

Avance à tâtons

À coups de sonde et de ballons

Depuis qu’il a renié

Son peuple traumatisé

Qu’il a enfermé

Dans la frilosité

Et pourtant, 

Il n’y aura pas de répit

Car il n’existe aucun raccourci

Pour les peuples sans pays

Non plus de sauf-conduit

Pour les chefs qui ont trahi

Patriotes de toutes les régions

À droite comme à gauche

Comme à l’extrême-centre

Avec notre boussole retrouvée

Celle de la souveraineté

Et sans renoncer à nos familles politiques

Et projets de société

Cherchons néanmoins le chemin à emprunter

Avec nos frères et nos sœurs des Premières nations

Nos forces et nos votes, additionnons, multiplions

Pour fonder la patrie des douze nations

Du Québec libéré 

De la colonisation

De la trahison

Et des faux jetons

Pierre Dostie

Convergerons-nous ?

Convergerons-nous ?

Pour faire quoi ?

Comment ?

Et avec qui ?

Convergerons-nous,

Au fait,

Je serais tenté de dire

Quand vargerons-nous

Dans le tas comme on dit

Des corrompus

Des voleurs à cravate

Des assistés corporatifs

Quand vargerons-nous

Dans le capital qui accapare et assassine

Les spéculateurs immobiliers et financiers

Dans nos élus nationaux agenouillés

Dans nos élites locales aplavantries

 

Quand vargerons-nous

Dans les droits de polluer,

De la fonderie Horne et de RT ?

De la Northvolt décomplexée ?

De la funeste 9b inversée ?

Quand vargerons-nous

Dans les think thank qui nous définissent

Comme des tarés, des pas d’histoire

Qui parlent dans un français bizarre

Et qui n’ont pas de mémoire

Convergerons-nous

Pour que les femmes obtiennent l’égalité :

Salaire, pouvoir, représentation

Sans peur ni intimidation

Sécurité dans leur maison

Convergerons-nous

Avec les nouveaux arrivants

Et les minorités

Pour composer une nouvelle nation

Forte et fière de son identité

Républicaine

Convergerons-nous

Pour une démocratie représentative

De la diversité 

Et participative

Dans nos écoles, nos quartiers, nos villes, nos régions,

Dans l’administration de nos institutions

Convergerons-nous

Avec les Innus, 

Les Premiers peuples et les Inuits

Pour une souveraineté partagée :

La confédération des douze nations du KebeK

Convergerons-nous

Par centaines, par milliers

Autour du parlement, inlassablement,

Pour réclamer la démission de ce gouvernement

Convoquer une Assemblée constituante 

Et proclamer notre indépendance

Convergerons-nous

S’agit-il seulement

D’additionner des votes ?

Ne faut-il pas plutôt d’abord

Politiser, mobiliser, 

Redéfinir le projet de pays 

Et le pays de projets

Retrouver l’espoir

Quand vargerons-nous donc,

Quand convergerons-nous enfin !

Pierre Dostie

Du bon usage de notre énergie renouvelable

Le 24 septembre 2020, lors de l’audience publique du BAPE sur le projet d’usine de liquéfaction de GNL au Saguenay, je pose la question, à savoir si « l’électricité requise pour cette usine, soit l’équivalent de 5 térawatts/heure, ne pourrait pas être mieux utilisée pour réduire les GES dans le cadre des objectifs de réduction du Québec. »[1]

Réponse de M. Sergio Cassanaz du MELCC : « Concernant l’utilisation de l’hydroélectricité, pour produire un GNL, je pense que le ministère considère que ça va être conforme à la Stratégie du Québec d’utiliser le plus possible l’hydroélectricité pour réduire nos émissions de GES ». Plus loin il dira : « Et ce n’est pas, à mon avis, ce n’est pas O.K. pour faire une aluminerie de plus ou bien une usine de GNL de moins. »[2]

Ce 29 février 2024, le superministre Fitzgibbon, Ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie et Ministre responsable du Développement économique régional, déclare : « Je dois admettre que nous n’avons pas assez d’électricité pour tous les projets qu’on considère au gouvernement valable pour des fins environnementales pour décarboner ou des fins économiques »[3].

C’est donc une bonne décision qu’a pris le Gouvernement du Québec de ne pas autoriser cette usine de liquéfaction qui aurait gaspillé l’équivalent de ce qui est requis pour alimenter une aluminerie, dans le but de « blanchir » une énergie sale, qui plus est un méthane albertain destiné à l’exportation, avec de l’énergie propre comme l’hydroélectricité, laquelle se fait manquante aujourd’hui. 

Concernant les objectifs de réduction des GES du Québec, soit 37,5% d’ici 2030, leur atteinte ne semble pas facile, c’est le moins que l’on puisse dire, de l’avis même du Ministre Charrette du MELCC[4].

Aussi bien utiliser judicieusement l’énergie propre disponible pour faire la transition écologique, et non pas seulement la transition énergétique, comme se plaisent à répéter les ministres du gouvernement caquiste, à l’instar des porte-paroles des chambres de commerce. 

La différence entre les deux n’est pas que sémantique. Dans un cas l’on cherche, par exemple, à remplacer les voitures individuelles à essence par des voitures électriques, favorisant la poursuite de l’étalement urbain, alors que dans l’autre, l’on favorise l’électrification des déplacements, collectifs surtout, tout en revoyant nos stratégies et habitudes de consommation et d’aménagement urbain (ex. densification), en respect des limites des ressources de la planète. 

Si nous avons raisons de questionner le gouvernement Legault pour avoir ajusté la règlementation environnementale aux besoins de Northvolt, et pour manquer de transparence, il y a lieu de s’interroger également sur la stratégie énergivore dans laquelle s’inscrit l’implantation de cette usine.

Il est particulièrement inquiétant que des solutions de transport en commun, comme le proposent les villes de Québec et Montréal, soient mises sur la glace par le présent gouvernement, en même temps qu’il relance, sous le couvert d’un sondage, son projet de troisième lien entre Québec et Lévis, pour des motifs purement électoralistes.


[1] BAPE Transcriptions de la séance du 24 septembre 2020 à 13h.

[2] Idem

[3] https://www.tvanouvelles.ca/2023/08/17/le-ministre-pierre-fitzgibbon-avoue-que-le-quebec-na-pas-assez-delectricite-pour-tous-ses-projets-industriels#:~:text=«Je%20dois%20admettre%20que%20nous,pénurie%20d%27énergie%20au%20Québec

[4] https://lactualite.com/actualites/bilan-ges-quebec-progresse-dans-la-bonne-direction-dit-charette/#:~:text=QUÉBEC%20—%20Les%20indicateurs%20montrent%20que,Environnement%2C%20Benoit%20Charette%2C%20mercredi

Politique de participation citoyenne à Saguenay : Une ville égale à elle-même dans son incohérence

Screenshot

Pierre Dostie, membre d’Unissons Saguenay

Le gouvernement du Québec a incité les villes à se doter d’une politique de participation citoyenne. La ville de Saguenay a donc adopté une telle politique le 2 novembre 2020, après une période de consultation qui a permis une bonification du projet proposé par les commentaires et suggestions de 56 personnes et organisations participantes. 

Grâce à cette politique, « les citoyens auront ainsi un canal établi pour s’exprimer et être entendus sur les politiques, les règlements, les projets et les actions qui concernent leur milieu de vie. »[1]

Quinze principes guident la politique (ex. transparence, représentativité, engagement des décideurs, etc.), qui prévoit quatre niveaux d’engagement citoyen (information, consultation, implication et collaboration), à travers les mécanismes existants (conseillers, services des communications, etc.) et à travers de nouveaux dispositifs auxquels la ville s’est engagée, soit :

–       La mise en place d’une plateforme Web de participation citoyenne afin d’assurer un canal de participation constant;

–       Un budget participatif annuel, adopté par le Conseil municipal et mis à la disposition des citoyens.

Mise en œuvre :

« Le Service des affaires juridiques et du greffe sera responsable de l’application de la présente politique et aura pour premier mandat d’élaborer un plan de déploiement de la politique »[2], notamment en désignant un Conseiller en participation citoyenne pour faire les liens, organiser, accompagner les personnes et organismes et faire les suivis de la participation. La politique prévoit également la contribution du Service des communications, de la Direction générale, des élus (ex. par un mécanisme de participation citoyenne de district), des fonctionnaires municipaux, des experts et des personnes participantes. 

Il est prévu que le service des affaires juridiques et du greffe fera une reddition de compte auprès du Conseil municipal annuellement et que la Politique sera évaluée tous les deux ans.

Suivi citoyen

Le 7 mars 2023, deux ans et demi après son adoption, nous avons questionné la mairesse à savoir si cette politique avait été mise en place et quand elle serait évaluée. Nous avons alors appris que personne, ni au Conseil, ni à la Direction générale de la ville, ni aux services juridiques, n’avait été désigné pour en assurer l’implantation et le suivi. Le 9 mai suivant, nous revenons à la charge, pour apprendre qu’il n’y a rien de nouveau, qu’il aurait fallu dégager des ressources et que ce ne fut pas possible. On nous encourage à apprécier les mécanismes actuels et l’on rappelle l’ouverture des élus à mettre en œuvre la politique mais sans engagement concret.

Le 13 novembre 2023, nous constatons que la politique de participation citoyenne ne figure pas sur le site web de la ville, avec les autres politiques. Nous nous adressons à la ville pour en demander une copie et aussi qu’elle soit déposée sur le site. Nous sommes orientés vers la loi d’accès à l’information, qui nous répondra le 18 janvier 2024. Copie de la politique nous est parvenue, mais elle n’est toujours pas affichée sur le site web de la ville. 

Beau paradoxe que ce parcours du combattant pour le citoyen qui désire que l’on rende publique une politique de participation citoyenne qui n’est pas connue, encore moins implantée, adoptée il y a plus de 3 ans, évaluable aux 2 ans et pour laquelle une reddition de compte annuelle est prévue.

Et ce, malgré l’ajout d’une douzaine de postes cadres ces dernières années[3] !

« On ne se vante pas assez de nos bons coups » a dit la mairesse, en réponse à notre question au Conseil du 9 mai 2023. Comme « bon coup », c’en est tout un ! 

Il me semble plutôt que l’on se complaise dans l’incohérence – et semble-t-il dans l’indifférence générale au Conseil de ville. On a des petites nouvelles pour vous, chers élus. Unissons Saguenay ne lâchera pas le morceau et nous invitons les gens à se mobiliser face à cette situation inacceptable.

D’autant plus que le climat actuel de chicane et de guerre de clochers qui règne au Conseil municipal, aurait vraiment avantage à être balisé par une participation citoyenne organisée et éclairée.


[1] Ville de Saguenay. Politique de participation citoyenne, p. 2.

[2] Ville de Saguenay. Politique de participation citoyenne, p. 13.

[3] https://www.lequotidien.com/2022/12/22/hausse-surprenante-du-nombre-de-cadres-a-saguenay-3b30c0e70ae87709de530b27532d1a67/ et https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1993711/gabriel-rioux-seance-conseil-breffage#

Par-delà les anecdotes croustillantes, les questions politiques essentielles que pose la discussion entourant Les Têtes brûlées de Catherine Dorion.

La publication du livre Les têtes brûlées de Catherine Dorion, et des réponses de Gabriel Nadeau-Dubois et de Philippe Boulianne, ont capté l’attention médiatique et suscité bien des commentaires et des jugements sur les personnes en cause, ainsi que sur leur façon de s’acquitter de leurs rôles respectifs.

Je m’attarderai ici aux questions politiques que ces échanges soulèvent et posent au parti Québec solidaire. Des questions qui n’intéressent pas les partis traditionnels comme le PLQ ou la CAQ, plutôt centralisés et autoritaires, au service des classes dominantes, mais qui sont fondamentales pour un parti progressiste dont la raison d’être est de faire du Québec un pays transformé en profondeur. Ces questions devraient faire l’objet d’une réflexion collective :

  • Comment composer avec la diversité des styles et des contributions, à l’Assemblée nationale et en dehors de celle-ci, si cela est vrai, comme le dit GND, qu’il y a de la place pour tout le monde à QS ?
  • Comment ne pas rester à la remorque du « système médiatique » ? Comment faire de la politique autrement, et créer l’événement ?
  • Comment valoriser le travail parlementaire, plus spécifiquement le rôle des député.es, qui ne devraient pas avoir l’impression d’être des plantes vertes ? 
  • Comment concilier la solidarité (la ligne de parti) et le droit à la dissidence dans le parti et au sein de l’Assemblée (caucus) ?

Et, sans doute, la question la plus existentielle pour QS :

  • Comment un parti de gauche, qui veut représenter les mouvements sociaux et les régions, comment fait-il pour rester connecté aux luttes sociales, aux enjeux de l’arrière-pays, pour donner du sens au travail parlementaire, sans se faire happer par celui-ci ? Se pourrait-il que cette déconnection rende vicié l’air de la « bulle parlementaire », qu’elle ait tendance à éloigner le parti du sens premier de son existence, de sa raison d’être, et qu’elle le rende vulnérables aux règles imposées par les façons habituelles de faire ? 

Il est heureux que le parti soit invité à réfléchir, à travers le Comité sur les statuts, à l’équilibre des pôles d’influence que sont l’aile parlementaire, l’aile militante et la permanence en son sein, et aux moyens de donner plus de pouvoir aux membres. 

Si pendant les premières années de son existence, les militant.es du parti ont espéré comme ça ne se peut pas, enfin pouvoir élire des député.es à l’Assemblée nationale, il serait peut-être le temps aujourd’hui de s’interroger sur l’importance de rester branché à la source de cet engagement qui se trouve à l’extérieur du parlement, soit dans les luttes sociales, dans la rue et dans les territoires de l’arrière-pays. Il serait aussi peut-être le temps que la parole du parti fasse davantage écho à leurs enjeux, à leurs luttes et à leurs espoirs depuis le théâtre de l’action, et pas seulement depuis le Salon bleu.

Et si, paradoxalement, la réponse à cette dernière question existentielle était une condition essentielle à l’obtention d’une majorité parlementaire ?

Quelques défis de QS à l’aune de la course au porte-parolat

Les aspirations de Québec solidaire à devenir la première opposition à l’Assemblée nationale ont été amèrement déçues au vu des résultats des élections générales de 2022. Après une campagne qui s’est avérée la plus importante jamais menée par le parti, la plus « professionnelle », mais aussi la plus centralisée de son histoire. Somme toute la plus pareille aux autres partis électoralistes. 

Le parti, jadis « des urnes et de la rue », a mis tous ses œufs dans une plateforme simplifiée au maximum, épurée des éléments susceptibles de rebuter la population, comme les nationalisations, et saupoudrée de mesures à la carte. La controverse l’a néanmoins rattrapé sur d’autres dossiers, comme les taxes aux ultra-riches pas si riches que ça, et un certain bafouillage sur les VUS. L’indépendance du Québec et le processus de l’Assemblée constituante, bien que toujours dans la plateforme, ont été les grandes absentes de la campagne.

L’obsession des régions

Le résultat est d’autant plus décevant que la percée en région, réalisée lors de l’élection précédente, notamment dans Sherbrooke et Rouyn-Noranda—Témiscamingue, loin de s’étendre à d’autres régions, a connu un recul avec la défaite d’Émilise Lessard-Therrien au pays de l’arsenic et des grands espaces ruraux.

Les dirigeants du parti ont eu beau répéter que le « QS du Plateau » est un problème de perception, qu’on va trouver les moyens de « faire atterrir la plateforme en région » grâce à une importante tournée de celles-ci, la question s’avère un peu plus complexe. La tournée réalisée au Saguenay—Lac-Saint-Jean du 12 au 15 octobre 2023 a permis aux différentes personnes rencontrées, au sein du parti comme des nombreux milieux consultés, d’affirmer qu’il faut plutôt faire émerger des régions des éléments d’une plateforme nationale. Une approche qui nécessite de se mettre d’abord à l’écoute des gens qui habitent et font le territoire. Ces territoires ne sont pas que des terrains d’atterrissage. Ils aspirent aussi au décollage. Ils ont des préoccupations qui sont la plupart du temps ignorées des partis politiques existants, qu’ils s’auto-proclament « parti des régions » ou non. Ces territoires et les gens qui les habitent sont plutôt habitués à ce qu’on les instrumentalise, et leur scepticisme est bien connu et compréhensible. Quoiqu’il en soit, le message est clairement passé depuis le début de ces fameuses tournées. Espérons qu’il sera entendu et compris.

L’obsession électorale

Gabriel affirme dans les médias que selon le résultat des prochaines élections, prévues en 2026, il pourrait réfléchir à son avenir. Un député a confié que si nous ne prenons pas le pouvoir en 2026, il ne nous restera pas beaucoup de temps pour le rendez-vous de 2030, soit pour atteindre nos objectifs de réduction des GES. C’est vrai.

On peut comprendre une certaine urgence. Mais on est en droit de se demander s’il existe un raccourci vers le pouvoir, pour un parti de gauche qui aspire non pas à seulement gérer les affaires de la province, mais à construire un pays et transformer la société en profondeur. Nous vivons un véritable dilemme. Devons-nous diluer notre message, et dire ce que les gens veulent entendre, même si ce n’est pas dans leur intérêt, pour prendre le pouvoir plus rapidement et finalement, ne pas transformer la société ? Il me semble avoir déjà joué dans ce film-là… Un « bon gouvernement » qui cache son option dans la garde-robe en attendant les « conditions gagnantes ». Ou bien devons-nous prendre le temps qu’il faut pour sensibiliser et conscientiser la population à notre projet de société à partir de leurs préoccupations ? Et si ce travail peut être fait en partie par une députation à l’Assemblée nationale, se pourrait-il que pour l’essentiel, ce soit sur la patinoire de la rue et des territoires partout au Québec, que la partie va se jouer ?

Quand je vois l’impatience électorale de certains de nos élus, je me dis qu’il en a fallu de la patience pour ne pas lâcher quand on a lancé le Rassemblement pour une alternative politique en 1997, l’Union des forces progressistes en 2002, Option citoyenne en 2004 et pour réunir tout ce beau monde en 2006 autour de QS, sans parler d’Option nationale en 2011, qui rejoindra QS en 2017. Nous savions que nous étions en train de construire un véhicule pour la gauche et que c’était un projet à long terme. Le fait de recueillir 15-20 % dans les sondages et d’avoir aujourd’hui 12 député.es est un exploit, qui s’est somme toute réalisé pas mal moins rapidement qu’espéré. Et pourtant…

Un parti de gauche a besoin d’une boussole pour réaliser sa mission. Cette boussole n’est pas le nombre de député.es, ni les sondages. Cette boussole, ce sont les luttes sociales et la vitalité des mouvements sociaux. Ce qui fait évoluer la conscience des gens devant les enjeux politiques, ce sont les luttes sociales. Ce qui donne de la pertinence à un parti qui aspire à transformer la société, c’est sa capacité à rester en phase avec les luttes sociales et les mouvements sociaux qui les mènent. Idéalement, c’est d’entrer dans une dynamique de co-évolution avec les mouvements sociaux. J’avais écrit, au moment de la fondation de QS en 20061 que notre parti avait le défi de ne pas sombrer dans l’électoralisme et de demeurer connecté aux luttes sociales, afin de s’assurer qu’une fois au pouvoir, il puisse compter sur des mouvements sociaux forts pour défendre ses politiques face aux intérêts capitalistes et financiers, ou pour le ramener dans le droit chemin s’il devait s’en égarer. Car nous savons que cela peut arriver, malheureusement. La démocratie, c’est  « le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple ». Nous avons le défi, pas seulement de prendre le pouvoir politique, mais de contribuer à ce que le peuple lui-même exerce son pouvoir. Le pouvoir, ça ne se transmet pas, « ça se prend » disait Michel Chartrand. Le rôle d’un parti qui veut construire une réelle démocratie, c’est d’être aux côtés du peuple en marche vers sa prise du pouvoir. Si ce parti élit des député.es, ceux-ci et celles-ci sont le reflet, le prolongement de leurs luttes à l’Assemblée nationale.  Alors, quel sera notre plan de match pour 2026 ?

L’élection de notre co-porte-parole féminine, une opportunité

L’élection d’une co-porte-parole extra-parlementaire comme Émilise Lessard-Therrien est une excellente occasion à saisir au prochain congrès, afin de permettre à QS de faire un réel bond en avant, à la différence d’une fuite en avant. Émilise a l’expérience de la représentation à l’Assemblée nationale avec tout ce que cela implique. Elle connaît bien cette patinoire et les règles de la joute qui s’y mène. Elle pourra facilement se synchroniser avec l’aile parlementaire et son co-porte-parole et député. Mais elle aura un atout supplémentaire, elle ne siège pas en ce moment et elle est connectée aux luttes sociales, notamment celles des régions dont le décollage est espéré. Elle porte en elle, voire, elle incarne les problèmes et les aspirations des populations qui habitent et enrichissent les territoires du Québec. La souveraineté alimentaire, les villages en dévitalisation, les transnationales aux actionnaires étrangers assoiffés de profits, les projets extractivistes, les élites locales tentées par l’aplaventrisme, les difficultés d’accès aux soins de santé, à l’éducation, aux services de base, l’enjeu de l’immigration en région, de la décentralisation, l’accaparement des terres agricoles, le territoire et la soif de souveraineté partagés avec les Premières Nations. Émilise a tout ça dans le sang, dans chacune de ses pensées, dans sa respiration, dans chacun des mots qu’elle prononce. Dans ses rêves pour notre pays.

Les enjeux du co-porte-parolat ne règleront pas tous nos problèmes. Mais face aux défis qui se posent à notre parti en 2023, une co-porte-parole qui incarne notre volonté d’être en phase avec les luttes des mouvements sociaux, et qui porte continuellement – et pas seulement au travers des autres sujets – la voix de l’arrière-pays, des territoires qui font le Québec, c’est se donner une chance de faire enfin décoller le projet de société de Québec solidaire en région, une condition essentielle à la prise du pouvoir électoral et à la transformation de la société.


  1. Dostie, Pierre. Face aux enjeux du pouvoir, les défis d’un parti progressiste émergent, en phase avec les luttes des mouvements sociaux. Revue Nouvelles pratiques sociales, vol. 19, no 1, automne 2006. https://www.erudit.org/fr/revues/nps/2006-v19-n1-nps1615/014794ar.pdf ↩︎

Les « partis frères » devraient se garder une petite gêne à l’approche des élections générales.

Dans le Quotidien du 24 juin dernier, Hélène Buzzetti évoque le malaise que pourrait créer, lors de la prochaine campagne électorale, l’appui du Bloc Québécois au Parti Québécois dans les circonscriptions où l’appui des électeurs semble aller plutôt vers la CAQ. Le Bloc, bien qu’indépendantiste, se donne pour mission de défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Ce qui inclue de soutenir les revendications légitimes du gouvernement du Québec, quelle qu’en soit l’allégeance politique.

Dans le même Quotidien du 28 juin, M. Paul Crête lui répond que le caractère indépendantiste du Bloc justifie pleinement l’appui au « parti frère » qu’est le PQ, qui lui aussi embrasse la cause indépendantiste. Il reproche à madame Buzzetti d’oublier cette pièce maîtresse à son analyse.

Je me permets aujourd’hui d’ajouter une autre pièce à l’analyse. Il n’y a pas seulement un parti indépendantiste au Québec. Outre le PQ, il y en a au moins deux autres, dont l’un, Québec solidaire, a davantage de députés à l’Assemblée nationale que le PQ, et l’autre, nouveau venu, Climat Québec, est dirigé par Martine Ouellet. J’ajoute qu’il y a probablement des indépendantistes à la CAQ et qu’il y en a encore davantage en dehors des partis politiques existants.

Dans un tel contexte, et compte tenu de la mission que se donne le Bloc à Ottawa de défendre les intérêts du Québec nonobstant son option indépendantiste, les porte-paroles et instances de ce parti devraient éviter d’appuyer quelque parti et laisser les membres ainsi que leur électorat agir à leur guise lors des élections québécoises. D’autant plus que l’électorat du Bloc n’adhère pas nécessairement à la cause indépendantiste. Cela respecterait la diversité des allégeances et pourrait prévenir des tensions inutiles dans les rangs du Bloc Québécois.

Je suis moi-même membre de QS et du Bloc Québécois. Lors de la dernière assemblée générale du Bloc dans ma circonscription, j’ai eu le désagréable sentiment d’exclusion lorsque j’ai entendu des dirigeants parler de l’appui à donner au « parti frère » (ie le PQ) lors des élections à venir. Depuis longtemps je dénonce cette attitude sans grand succès malheureusement. On se demandera ensuite pourquoi le Bloc a du mal à recruter ailleurs que dans ses talles habituelles.

Je tiens à rappeler que lors des élections fédérales, il est interdit aux instances et porte-paroles de QS d’appuyer quelque parti fédéral, les membres sont invités à s’engager pour le parti de leur choix. Plusieurs soutiennent le NPD, d’autres le Bloc ou le Parti Vert.

Le Bloc québécois aurait avantage à imiter Québec solidaire aux élections générales québécoises.

Les vieilles habitudes des anciens « partis frères » devraient faire place à un peu de retenue, s’il est encore souhaitable pour eux de reconnaître la diversité politique et de construire des ponts entre les indépendantistes. À tout le moins, n’ajoutons pas de l’huile sur le feu inutilement.

Pierre Dostie, Chicoutimi

Fin d’un cycle de vie à l’UQAC

Successivement étudiant, chargé de cours et administrateur à l’UQAC : réflexions au terme d’une carrière passionnante en travail social et en enseignement universitaire.

Pierre Dostie ts, MSS, chargé de cours

Je suis un universitaire de première génération. Ni mes parents, ni mes grands-parents encore moins, n’ont eu accès à l’université. Je suis un fils de la classe ouvrière et j’en suis fier. Mon père a gagné sa vie dans les mines d’amiante à Thetford Mines et ma mère s’est consacrée à élever notre famille de six enfants.  J’ai connu l’UQAC en 1977, alors que j’y débutais un bac en Sc sociales, un genre d’ancêtre du bac en travail social. Les cours et le cheminement y ressemblaient au point où j’ai pu faire un stage de deux trimestres en organisation communautaire au CLSC Saguenay-Nord en 79-80. Né à Lac-Mégantic et ayant grandi dans la région de Chaudière-Appalaches, je suis plongé dans la Saguenay—Lac-Saint-Jean comme un poisson dans l’eau.

Fibre militante

J’avais déjà la fibre militante au point où certains de mes professeurs me rappelaient que si mes études nuisaient à mes engagements, il me faudrait faire des choix. Mais cela ne m’a pas empêché d’avoir de bons résultats, tout en poursuivant mes engagements sociaux et politiques.

Parmi ces engagements à l’époque, outre l’Association générale étudiante (AGE) dont j’ai été président en 1978 (ancêtre du MAGE-UQAC), le premier journal étudiant (le Kakou), et la radio communautaire de Jonquière (CHOC-MF), il y a eu la mise en place de la Coopérative de recherche et d’intervention socio-économique (CRISE), qui allait devenir plus simplement la Coopsco. Avec mes collègues Gilles Dubois et Dominique Trudel, nous avions lancé une mobilisation à l’échelle de la communauté universitaire, fait un plan d’affaires et fondé la coopérative qui est aujourd’hui une entreprise florissante.

Après un contrat de deux ans à Montréal à la suite de ma graduation en 1980, je suis retourné dans ma région d’origine en me disant régulièrement qu’au SagLac, j’y reviendrais n’importe quand. J’y ai entretenu d’ailleurs de fortes amitiés malgré l’éloignement et à travers le temps.

Retour en région

L’occasion s’est présentée dans un contexte où, en 1993, après 11 ans de pratique en CLSC, d’ancienneté et je dois dire de désenchantement, et après une maîtrise en service social des groupes faite à temps partiel à l’Université Laval, tout en conciliant mon rôle de travailleur et de jeune père, je sautai sur l’occasion d’un contrat de travailleur social au département de toxicomanie de l’hôpital de Jonquière où je donnai libre-cours à ma passion pour l’intervention de groupe. Quand j’y pense, c’est quand même un parcours particulier que de provenir d’une autre région pour venir étudier ici, quitter la région après les études et revenir après 13 ans, pour y rester.

L’indépendantiste en moi vous dira que j’ai comme grande fierté d’avoir voté « Oui » avec la majorité régionale, aux deux référendums de 1980 et de 1995.

La passion d’enseigner

Parallèlement à mes nouvelles fonctions de travailleur social en toxico, je débutai ma carrière de chargé de cours à l’UQAC qui s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui. La passion du travail social s’est doublée d’une passion pour l’enseignement qui m’a permis de me tenir à jour sur ma profession et sur la réalité des nouvelles générations, de leur communiquer mon expérience pratique et, je dois l’avouer, de tenir le coup, parfois même en sublimant, pendant les années difficiles qu’a traversé le réseau de la santé et des services sociaux. Le contexte que nous traversons dans cette interminable pandémie ne nous porte pas à croire qu’il a pu y avoir des années difficiles auparavant, mais oui. C’était différent, mais rude, entre autres dans les années ’80 où la main-d’œuvre surabondait à la différence d’aujourd’hui – on a pu voir plus de 100 personnes postuler sur un emploi de ts dans une petite ville – alors que les coupes de budget dans les années ’90 ont affecté grandement notre quotidien.

C’est en 1997 que la morosité post-référendaire et le virage à droite du gouvernement de Lucien Bouchard ont éveillé un mouvement de rassemblement et d’unification de la gauche québécoise dans lequel je me suis intensément engagé, et dans lequel je joue encore un rôle, plus modeste aujourd’hui, auprès de la belle jeunesse qui a pris la relève.

Un rêve amorcé et abruptement interrompu

Je pris une retraite précipitée du CSSS de Jonquière en 2015 alors que j’étais devenu cadre supérieur depuis une dizaine d’années, notamment comme Directeur des clientèles en Dépendances, Santé mentale, Enfance-famille-jeunesse, et Santé publique. Certaines réformes menées depuis 2004 avaient ouvert la porte à des défis qui m’ont attiré vers ces fonctions, dont celui de la responsabilité populationnelle, que notre établissement a choisi d’assumer en partageant les décisions sur les trajectoires de services et sur les budgets de santé publique avec les 95 organismes partenaires du réseau local de services, le Conseil des partenaires, une instance démocratique élective relevant directement du C.A. Cette initiative, saluée à l’échelle du Québec, fait partie du patrimoine que la contre-réforme Barrette de 2015 a jeté aux poubelles, prétendument parce que « ça n’apportait rien aux patients » (sic).

Ma carrière en santé et services sociaux s’est terminée abruptement après 33 ans, sans préparation, sans faire de legs, sans prendre le temps de boucler mon expérience, pendant que l’on démolissait ce qui avait été construit dans la décennie précédente.

Depuis 2015, je me suis concentré sur ma carrière de chargé de cours, dans ma continuité en quelque sorte, et sur ma vie de semi-retraité. J’ai éprouvé une grande satisfaction à prendre le temps de préparer mes cours et de me rendre disponible aux besoins des étudiant.es. Cela m’a aussi laissé plus de temps pour mes engagements sociaux et politiques, qui eux n’ont jamais cessé depuis plus de 50 ans maintenant. J’ai pu enfin boucler une partie de ma vie professionnelle.

Implication institutionnelle

Je me suis impliqué au sein de notre université depuis le début. Que ce soit comme étudiant, chargé de cours ou administrateur. J’y ai fait des rencontres extraordinaires, j’ai développé des liens solides avec des personnes de tous horizons. Que ce soit au sein de l’Unité d’enseignement en travail social, ou de son ancêtre le Conseil de module (en 2006 et depuis 2016), où j’ai pu à deux occasions agir comme chargé de projet pour l’évaluation et l’agrément du bac en travail social (en 2000 et 2007), que ce soit au sein de la Commission des études de la recherche et de la création (2016-2018), ou que ce soit au Conseil d’administration (depuis 2018) où je siège toujours pendant encore quelque temps, ou encore au Syndicat des chargé.e.s de cours qui fait un travail remarquable pour briser l’isolement de ses membres, améliorer leurs conditions et favoriser leur intégration dans une institution qui dépend en grande partie de leurs compétences, mais qui les rend souvent invisibles. J’ai traversé toutes les crises et toutes les réussites de cette institution du haut savoir depuis bientôt 30 ans, à laquelle je suis tant attaché et de laquelle je suis si reconnaissant. J’ai l’impression aujourd’hui que l’UQAC n’est pas seulement mon Alma mater. Elle a été pour moi le lieu d’une carrière d’enseignement universitaire hautement enrichissante, bien qu’à temps partiel. Que ce soit par les échanges et collaborations avec les collègues chargé.es de cours ou certain.es professeur.es, ou l’engagement dans les différentes instances de l’université.  Tout compte fait, je suis heureux d’avoir pu donner en fin de carrière, quelques années d’engagement, en partie bénévole, au bénéfice de notre institution.

J’aimerais bien pouvoir faire un « mégadon »  à la Fondation de l’UQAC comme ceux que font certains multimillionnaires à McGill, Concordia ou Bishop’s. Quand on a reçu, on peut avoir envie de redonner. Et même avec des moyens limités, c’est toujours de bon cœur. Le réseau de l’UQ est un acquis fragile qui en a particulièrement besoin…

En tout cas, sur le plan professionnel, et en bonne partie sur le plan personnel, l’UQAC, pour moi, c’est là où tout a commencé, et c’est là où j’ai le privilège de pouvoir boucler la boucle aujourd’hui.

Je veux remercier sincèrement toutes les étudiantes et tous les étudiants que j’ai eus, les assistant.es pédagogiques, les collègues chargé.es de cours, professeur.es, attaché.es administratives ou techniciens, professionnel.les, personnel de soutien, cadres, cadres supérieur.es et chef.fes d’établissement, toutes les personnes qui contribuent chaque jour au développement de notre université. Vous avez aussi contribué à mon éducation et à mon développement, comme à celui de la région et du Québec. Je vous suis toutes et tous reconnaissant.

Perspectives

Je prépare ma retraite pour la fin de juin 2022 et je pense encore parfois à certains de mes anciens enseignant.es de l’UQAC, dont quelques-uns sont aujourd’hui décédés, et à ce que ces maîtres m’ont transmis. La passion du travail social, l’engagement envers les groupes vulnérables, envers le Québec et ses régions, pour une société qui ne laisse personne derrière.

L’Université du Québec n’est pas tombée du ciel. La génération de mes parents s’est battue et a marché dans les rues pour McGill français, la création des cégeps et du réseau de l’Université du Québec. J’ai marché pour cela en 1969 avec mes parents.

Je me souviens d’une intervention de mon père alors en pleine grève de l’amiante en 1975, lors d’une assemblée d’information aux parents organisée par l’association étudiante du cégep dont je faisais partie. Il expliquait combien cette lutte pour les prêts et bourses était importante pour la classe ouvrière, pour l’accès aux études supérieures, pour sortir du cercle vicieux de la pauvreté.

L’Université du Québec m’a ouvert, ainsi qu’à ma génération et aux suivantes, des portes vers l’accomplissement individuel et collectif.

Aujourd’hui, il est encore nécessaire de retourner dans la rue pour dénoncer un réseau universitaire à deux, sinon trois vitesses, et pour réclamer la gratuité scolaire qu’avait tant souhaitée le rapport Parent, et ce pour quoi se battent encore nos étudiant.es en ce moment.

Aussi pourquoi l’UQAC ne décerne-t-elle pas un doctorat honorifique à Sonia Côté, de Loge m’entraide, ou à Jean Paradis, fondateur de Négawatts ?

Comme quoi ce n’est jamais fini et qu’il n’y a jamais, malgré les avancées, de quoi s’asseoir sur nos lauriers…