Par-delà les anecdotes croustillantes, les questions politiques essentielles que pose la discussion entourant Les Têtes brûlées de Catherine Dorion.

La publication du livre Les têtes brûlées de Catherine Dorion, et des réponses de Gabriel Nadeau-Dubois et de Philippe Boulianne, ont capté l’attention médiatique et suscité bien des commentaires et des jugements sur les personnes en cause, ainsi que sur leur façon de s’acquitter de leurs rôles respectifs.

Je m’attarderai ici aux questions politiques que ces échanges soulèvent et posent au parti Québec solidaire. Des questions qui n’intéressent pas les partis traditionnels comme le PLQ ou la CAQ, plutôt centralisés et autoritaires, au service des classes dominantes, mais qui sont fondamentales pour un parti progressiste dont la raison d’être est de faire du Québec un pays transformé en profondeur. Ces questions devraient faire l’objet d’une réflexion collective :

  • Comment composer avec la diversité des styles et des contributions, à l’Assemblée nationale et en dehors de celle-ci, si cela est vrai, comme le dit GND, qu’il y a de la place pour tout le monde à QS ?
  • Comment ne pas rester à la remorque du « système médiatique » ? Comment faire de la politique autrement, et créer l’événement ?
  • Comment valoriser le travail parlementaire, plus spécifiquement le rôle des député.es, qui ne devraient pas avoir l’impression d’être des plantes vertes ? 
  • Comment concilier la solidarité (la ligne de parti) et le droit à la dissidence dans le parti et au sein de l’Assemblée (caucus) ?

Et, sans doute, la question la plus existentielle pour QS :

  • Comment un parti de gauche, qui veut représenter les mouvements sociaux et les régions, comment fait-il pour rester connecté aux luttes sociales, aux enjeux de l’arrière-pays, pour donner du sens au travail parlementaire, sans se faire happer par celui-ci ? Se pourrait-il que cette déconnection rende vicié l’air de la « bulle parlementaire », qu’elle ait tendance à éloigner le parti du sens premier de son existence, de sa raison d’être, et qu’elle le rende vulnérables aux règles imposées par les façons habituelles de faire ? 

Il est heureux que le parti soit invité à réfléchir, à travers le Comité sur les statuts, à l’équilibre des pôles d’influence que sont l’aile parlementaire, l’aile militante et la permanence en son sein, et aux moyens de donner plus de pouvoir aux membres. 

Si pendant les premières années de son existence, les militant.es du parti ont espéré comme ça ne se peut pas, enfin pouvoir élire des député.es à l’Assemblée nationale, il serait peut-être le temps aujourd’hui de s’interroger sur l’importance de rester branché à la source de cet engagement qui se trouve à l’extérieur du parlement, soit dans les luttes sociales, dans la rue et dans les territoires de l’arrière-pays. Il serait aussi peut-être le temps que la parole du parti fasse davantage écho à leurs enjeux, à leurs luttes et à leurs espoirs depuis le théâtre de l’action, et pas seulement depuis le Salon bleu.

Et si, paradoxalement, la réponse à cette dernière question existentielle était une condition essentielle à l’obtention d’une majorité parlementaire ?

Publié par pdostie

Militant politique depuis une cinquantaine d'années dans le mouvement syndical, communautaire et de solidarité internationale. Après un intense engagement dans le processus de rassemblement et d'unification de la gauche québécoise ces 25 dernières années, je me consacre en ce moment aux luttes du mouvement écologiste devant l'urgence climatique actuelle. Comme père et grand-père, je m’inquiète pour l’avenir de l’humanité et je m’inquiète aussi de l’humanité elle-même, qui se fracture sur des bases imprévues, où les débat d’idées, le jugement, la nuance et la tolérance se font rares. Dans ce combat pour l’égalité, la justice sociale et le triomphe du bien commun, nous avons besoin de paroles radicalement rassembleuses.

Un avis sur « Par-delà les anecdotes croustillantes, les questions politiques essentielles que pose la discussion entourant Les Têtes brûlées de Catherine Dorion. »

Laisser un commentaire