Le Mouvement Onésime-Tremblay : un mouvement citoyen pour contrer les abus de Rio Tinto et les dérives des élus

Pierre Dostie1


La soumission tranquille des élus

Cette affirmation d’Onésime Tremblay est toujours d’actualité aujourd’hui, et même plus que jamais, cent ans après la tragédie du Lac-Saint-Jean. Elle est le reflet d’une culture de colonisé profondément ancrée dans la mentalité d’une région marquée par la présence de compagnies qui ont pompé nos ressources naturelles et confiné les populations dans des villes de compagnies, avec pour seules retombées des emplois qui s’envolent quand les ressources sont à sec. Et surtout, des élites locales, régionales et nationales qui s’applaventrissent devant ces compagnies, bien souvent sans qu’elles ne le demandent. 

Rares sont les élus, qu’ils soient nationaux, fédéraux ou municipaux, qui se sont tenus debout devant ces empires pour défendre le bien commun. Eux qui, comme le dit Onésime, « sont chargés de protéger la société ». Ils et elles sont pourtant élu.es pour représenter et défendre le bien commun, l’intérêt général.

De la tragédie du Lac Saint-Jean…

Lors de la tragédie du Lac-Saint-Jean en 1926-28, le premier ministre de l’époque, Louis-Alexandre Taschereau, était de mèche avec la compagnie Quebec Development Company, une filière de la Duke-Price Power, elle-même contrôlée par des intérêts financiers liés à l’Alcoa, future Alcan. Il a autorisé dans le plus grand secret le rehaussement du lac à la cote maximale de 17,5 pieds, soit dix pieds de plus que la moyenne. Devant le tollé qui suivit l’inondation illégale et sans avertissement du 24 juin 19263, et à la suite d’un article du Devoir dénonçant cette illégalité et la complicité du gouvernement, il sentit l’obligation de faire quelque chose. Il fit adopter en mars 1927, une loi légalisant rétroactivement le rehaussement illégal du Lac-Saint-Jean avec l’appui des conseils municipaux de Chicoutimi, d’Alma et d’autres élus. Loi, qui a été préparée par les bons soins de la compagnie, laquelle au surplus supervisa les débats à l’Assemblée nationale. Loi dont la majorité de nos « courageux » élus ont favorisé l’adoption en s’absentant de l’Assemblée. Cette loi, expropriait les sinistrés, sans possibilité de ravoir leurs terres ou leur propriété, et ordonnait leur indemnisation par l’intermédiaire d’une commission chargée d’en fixer le montant sans droit d’appel4. Les compensations pour les terres étaient basées sur la valeur marchande plutôt que sur la valeur productive, ce qui a entraîné la ruine de nombreux agriculteurs. 

Le député de Lac-Saint-Jean et ministre Émile Moreau, a même pratiqué la désinformation afin de faire accepter la version de la compagnie par la population. Le maire de Roberval, Thomas-Louis Bergeron, a également défendu la compagnie en prétendant qu’il ne fallait pas empêcher le développement économique du Lac-Saint-Jean. Il était un adversaire acharné du Comité de défense animé par Onésime Tremblay, qu’il dépeignait comme un ennemi du progrès. Et puis, mentionnons au passage que plusieurs députés, tant du pouvoir que de l’opposition, avaient reçu des parts dans la Quebec Development, qui opérait le barrage de l’Isle-Maligne…

La Chambre de commerce du Lac-Saint-Jean s’est également dite favorable au maintien des eaux au point 17,5.


… à la production d’une culture régionale

En 2015, le Conseil municipal de Saguenay s’est empressé de dézoner un parc vert en plein milieu de la ville, pour permettre à Rio Tinto d’y aménager un site d’accumulation de résidus de bauxite provenant de Rio Tinto, auquel s’opposait le Comité de citoyens pour un Vaudreuil durable. 

Par ailleurs, en 2021, alors que la lutte contre le projet d’oléoduc en provenance de l’Ouest canadien et d’une usine de liquéfaction du méthane à Grande Anse au Saguenay battait son plein, les élus de Saguenay n’ont pas hésité à payer à même les fonds publics une étude visant à développer des arguments favorables aux grands projets en vue d’en favoriser l’acceptabilité sociale. Ils ont également appuyé un groupe bidon appelé,  Je crois en ma région visant à faire croire que des citoyens appuyaient le projet. Lorsque les représentants du peuple ne se contentent pas de trahir leur devoir de protection de l’intérêt général en privilégiant des intérêts particuliers avant même que les organes scientifiques et démocratiques comme le BAPE n’aient pu se prononcer, mais qu’en plus, ils s’efforcent de faire triompher l’opinion des promoteurs en la présentant comme une position citoyenne, on assiste manifestement à une manœuvre malhonnête et trompeuse. Dans ce dossier, seul un élu régional de l’Assemblée nationale (Sylvain Gaudreault, député de Jonquière), s’est opposé au projet alors que quelques élus municipaux ont émis des réserves à ce sujet. M. Gaudreault est également intervenu à de nombreuses reprises afin de demander des comptes à Rio Tinto. Il s’agit là d’une exception qui mérite d’être soulignée.

Nous ne parlerons pas de la connivence de la Conférence régionale des préfets des MRC avec l’Alliance forêt boréale dont ils sont membres, financée par les fonds publics, qui défend essentiellement le point de vue de l’industrie forestière dans le dossier du caribou forestier ou du régime forestier. Les élus ont même tenté de faire exclure un comité de citoyen d’un comité de mise en œuvre d’une aire protégée sur la rivière Péribonka. Enfin, l’ex-ministre de la CAQ et députée du Chicoutimi Andrée Laforest a souvent affirmé que Rio Tinto respectait ses engagements dans le cadre du bail de la Péribonka, ce qui est démenti formellement par une étude menée par d’anciens cadres de l’Alcan5.

Une manière de procéder bien caractéristique

Le procédé est le suivant : on planifie une action en catimini avec la complicité d’élus locaux et de l’Assemblée nationale, puis on place la population devant le fait accompli en faisant miroiter des emplois et du progrès, et on légalise ensuite l’opération, rétroactivement s’il le faut, tout en ostracisant les opposants et opposantes. C’est ce qu’on a fait lors de la tragédie du lac Saint-Jean en 1926. L’inondation illégale et sans préavis est suivie deux mois plus tard (21 août 1926) d’une publication par la compagnie dans la Gazette officielle indiquant son « intention de s’adresser à la législature pour demander la permission d’entreprendre les travaux déjà accomplis… (sic) c’est-à-dire de construire ses barrages ; puis, la loi de 1927, qui légalise rétroactivement le rehaussement du lac, exproprie et impose l’indemnisation. Bienvenue dans le progrès au Royaume des villes de compagnie. C’est aussi ce qu’on a fait dans le cadre du Bail de la Péribonka. Enchâssé dans une loi en 1984, le bail autorise Alcan à produire son électricité à Chute-du-Diable, Chute-à-la-Savane et Chute-des-Passes sur la rivière Péribonka. Dans une lettre d’entente en 2006, Alcan s’engage à construire trois usines pour augmenter la production de 400,000 tonnes dans un délai plusieurs fois reporté, le dernier étant fixé au 31 décembre 2025. Après deux usines et demie plutôt que trois, 250,000 tonnes plutôt que 400,000 tonnes et 8,000 emplois en moins, la ministre Laforest et députée de Chicoutimi se permet de dire que la compagnie respecte ses engagements. Comment la contredire, puisqu’un décret de 2007 affirmait déjà à l’avance, un an après la lettre d’entente de 2006 et sur la base des engagements non encore réalisés, que « toutes les conditions ont été remplies »6.

« Or, dans l’affaire du Lac-Saint-Jean: nos ministres ont violé les lois ; ils les ont sciemment laissé violer ; et ils ont sanctionné la violation. Ils ont abandonné, trompé et écrasé les citoyens qu’ils avaient le devoir de protéger. Ils ont épousé les intérêts particuliers de la compagnie spoliatrice au point de leur sacrifier nos droits et nos biens, et en même temps, l’honneur et les intérêts de la province7 Onésime Tremblay

Billet de 1 G$ symbolisant les privilèges annuels consentis à Rio Tinto (recto)

On pourrait dire la même chose concernant les barrages privés ou sous bail de location, sans parler du fond du Lac-Saint-Jean et d’une partie du Saguenay, qui sont des biens publics cédés à des intérêts privés avec la complicité de nos élus au détriment des intérêts de la région et de la nation.

La liste de ces exemples de soumission des élus aux exploiteurs, étrangers pour la plupart, et envers Rio Tinto en particulier, pourrait s’allonger si l’on examinait les rapports de cette entreprise avec la population du Saguenay—Lac-Saint-Jean durant les 100 dernières années.

Devant un tel tableau, où le bien commun et l’intérêt général sont l’objet de fausses représentations, quelle autre instance que le pouvoir citoyen pour redonner espoir à une population dont les intérêts sont mal représentés. 

« Seule une union de tous les gens sans distinction de parti ni de race pourrait libérer la province des auteurs de ce triste état de choses8 Onésime Tremblay

Et face à un tel déficit démocratique, un immense travail de conscientisation est nécessaire pour dépolluer les pensées et la culture régionale. 

« Ces choses-là devraient être connues du public ». Onésime Tremblay

La mémoire d’Onésime Tremblay ravivée

Onésime Tremblay était un cultivateur qui a dirigé le combat contre la Duke-Price Power – qui allait devenir Alcoa puis Alcan – au moment du relèvement du Lac-Saint-Jean en 1926 et 1928. Près d’un millier de terres parmi les plus belles et les plus productives du Québec ont été alors inondées (60,000 acres) illégalement et sans avertissement. Plusieurs villes et villages ont subi de nombreux dégâts et même le village de Bien-Heureuse-Jeanne-D’arc a disparu complètement sous l’eau. Onésime perdit lui-même la plus belle forêt de 150 acres d’ormes et de frênes de la région, dans le secteur de Couchepagane9. Il prit la direction du Comité de défense des sinistrés.   

Onésime Tremblay réussit à obtenir une entrevue avec le premier ministre Lomer Gouin qui l’a écouté pendant quelques minutes sans le regarder. Puis il s’est levé pour partir. Onésime lui a mis la main sur l’épaule assez solidement en lui disant « monsieur Gouin vous avez l’air d’un homme qui ne veut pas m’entendre. Assoyez-vous. Vous avez beau être premier ministre, vous êtes payé pour nous servir. La paroisse de Saint-Méthode va disparaître. Il y aura des frictions entre les cultivateurs et la compagnie qui serait maître du lac ». Gouin a répondu « au contraire, le développement industriel va ouvrir des marchés dans la région pour les cultivateurs. » « Nous ne sommes pas contre l’industrie, rétorque Onésime, mais qu’elle ne vienne pas dévaster notre industrie agricole ».10

On sent bien ici la contradiction qui oppose, chez les élus, l’agriculture et la promesse de l’industrie. Fallait-il pour autant sacrifier les plus belles terres de la région et du Québec pour autant ?

Les intérêts industriels, grâce à l’appui de leurs alliés du gouvernement et des municipalités, ont imposé leur injuste et implacable solution. Les sinistrés ont eu des miettes en dédommagement et Onésime Tremblay a tout perdu, « sauf la dignité » dira-t-il. 

C’est ainsi que le gouvernement Taschereau a été réélu en mai 1927 en promettant des indemnisations et un développement économique lié à l’industrie hydroélectrique, et non sans manipuler l’opinion publique et corrompre certains acteurs parmi le comité de défense. 

« On a réussi à tromper beaucoup de monde à notre sujet; les grands journaux, esclaves de l’argent, nous ont calomniés, nous représentant comme des gens intraitables qui font du bruit pour peu de chose. Ce n’est pas là ce que nous sommes. Nous n’avons jamais été autre chose que des citoyens paisibles et de devoir. Maintenant nous sommes « des victimes » (…) Les interventions du premier ministre auprès des autorités religieuses, le guet-apens tendu à nos curés en 1927, sont désormais des faits historiques; les intrusions de monsieur Taschereau dans nos procès ne sont plus elle-même un secret… ils ont osé davantage. Ils ont tenté de nous corrompre. Ils ont, hélas ! réussi auprès de quelques-uns, et c’est grâce à cela si nos efforts pour faire respecter nos droits ont été inefficaces »11. Onésime Tremblay

Onésime Tremblay et son comité ont décidé de ne pas s’impliquer lors de la campagne électorale. On connaît la suite pour l’ensemble des sinistrés, mais Onésime a payé double prix, puisqu’il a perdu son travail d’inspecteur.

Plusieurs années après qu’il eut fait faillite, un représentant de l’Alcan lui tendit un chèque en blanc sur lequel il aurait pu inscrire le montant qu’il désirait. Il refusa catégoriquement en répondant que ce qu’il désirait plus que tout était de récupérer ses terres et sa forêt.

On peut voir un buste en l’honneur d’Onésime Tremblay, qui a été érigé au parc Maurice-Kirouac de Métabetchouan, afin de conserver la mémoire de ce grand bâtisseur et défenseur du bien commun.

Un colloque sur les 100 ans d’occupation d’Alcan et Rio Tinto, le bilan…

Le 22 octobre 2024 se tenait à Jonquière, un important colloque sur les 100 ans d’occupation d’Alcan et de Rio Tinto au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Organisé à l’initiative de Climat Québec et de l’Association des retraités syndiqués de Rio Tinto-Alcan, une centaine de participants ont pu constater, à travers les nombreuses présentations, combien il était important de souligner le centenaire de cette domination à travers une parole citoyenne, la parole de ceux et celles qui ont fait les frais de ces cent ans, les travailleurs, les retraités dont la pension n’est pas indexée, les résidents affectés par la pollution, les Québécois dépossédés de leur Lac-Saint-Jean et d’une partie de leur Saguenay, les riverains du lac qui subissent régulièrement l’érosion, les inondés du 24 juin 1926 et de 192812, etc.

Billet de 1 G$ symbolisant les privilèges annuels consentis à Rio Tinto (verso)

Création du Mouvement Onésime-Tremblay

Un Comité de suivi du Colloque a rapidement décidé, un mois plus tard, soit le 22 novembre 2024, de fonder, avec l’accord des membres de sa descendance, le Mouvement Onésime-Tremblay, pour défendre l’intérêt général et le bien commun devant la domination de Rio Tinto et l’accointance de la plupart des élus locaux, régionaux et nationaux. 

Les objectifs du Mouvement Onésime-Tremblay sont de :

  • favoriser l’expression et la diffusion d’un point de vue citoyen axé sur le bien commun face à l’impact des actions passées, présentes et futures d’Alcan et Rio Tinto ;
  • contribuer à la reprise en main de nos ressources électriques dans l’intérêt de la collectivité, les ressources électriques désignant autant l’hydroélectricité que l’éolien ou le solaire.

Les moyens envisagés sont de privilégier des actions publiques sur des lieux significatifs de façon à s’assurer du maximum de visibilité, ainsi que de recourir à l’éducation populaire et à la mobilisation.

Depuis ses débuts, le Mouvement Onésime-Tremblay s’est engagé dans trois dossiers principaux :

  • La préparation du prochain cycle du Programme de stabilisation des berges 2028-2037. Par ce programme, Rio Tinto a la gestion du niveau du lac et s’engage volontairement à la réparation de certains dommages causés aux plages par l’érosion. Nous revendiquons que la compagnie soit responsable des dommages causés à l’ensemble des berges et que soit priorisé Pointe Langevin. Le programme inclut une certaine consultation des parties prenantes, dont les résidents et municipalités riveraines. Nous réclamons la tenue d’une audience du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) à la suite du dépôt par Rio Tinto de son étude d’impact.
  • Le non-renouvellement du bail de la Péribonka prévu en 2034 pour encore 25 ans. En raison du fait que Rio Tinto ne remplit pas les conditions de ses engagements (trois usines, production augmentée à 400 000 tonnes, etc.) et de la perte de 8 000 emplois depuis 1982, ainsi que des avantages divers évalués à plus d’un milliard de dollars par an, le gouvernement du Québec devrait reprendre la propriété des trois barrages de Chute-du-Diable, Chute-à-la-Savane et Chute-des-Passes, conformément à la loi de 1984.
  • La commémoration du centenaire d’Alcan-Rio Tinto, et plus particulièrement, du rehaussement du lac Saint-Jean, de l’inondation qui s’en est suivie, le 24 juin 1926, et de la lutte des sinistrés. On doit souligner le rôle qu’a pu jouer Onésime Tremblay dans sa lutte pour défendre les 950 agriculteurs sinistrés de 1926-28, en essayant de récupérer les plus belles terres de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, sinon du Québec. Onésime avait déjà commencé sa bataille contre le rehaussement du Lac-Saint-Jean dès 1903.

Le fil conducteur de nos luttes régionales

À l’occasion des élections municipales du 6 novembre 2005, à la suite d’une campagne du syndicat régional des TCA-Québec, d’une proposition de Denis Trottier, alors préfet de la MRC Maria-Chapdelaine, et avec l’appui du maire de Saguenay et de la Conférence régionale des élus, il s’est tenu une consultation populaire dont l’enjeu portait sur les ressources énergétiques. Cette consultation était motivée au départ par une crainte de voir l’Alcan fermer des usines et libérer ainsi un bloc énergétique que l’on ne voulait pas voir échapper au développement régional. 

La population régionale s’est alors clairement prononcée à 92,5 % en faveur d’une décentralisation de la gestion des ressources naturelles. À la question suivante, la population régionale avait clairement répondu « OUI » :

« Acceptez-vous de donner à votre municipalité le mandat de conclure une entente, avec le gouvernement du Québec, sur la gestion de nos ressources naturelles basées sur les deux principes suivants : Que nos ressources naturelles (territoire, forêt, eau et mines), de même que les redevances payées pour leur exploitation et les emplois publics reliés à leur gestion soient gérés par la région et que toute l’énergie privée, produite dans la région à des fins industrielles, serve exclusivement au développement industriel et à la création d’emplois au Saguenay-Lac-Saint-Jean? »

Aucun gouvernement depuis n’a donné suite de manière satisfaisante à cette position ferme de la population régionale. Cette revendication est encore fortement d’actualité et l’on peut dire sans se tromper qu’elle jouit d’un appui sans équivoque de la population régionale.

Qu’en est-il exactement de l’utilisation des redevances sur les ressources naturelles et de l’utilisation de l’énergie privée produite dans la région ? Les redevances sont actuellement réparties entre le Fonds des générations et l’aménagement forestier et minier. 

Par ailleurs, depuis 2016, les municipalités peuvent percevoir des redevances pour financer des infrastructures à certaines conditions. Mais cela ne résout pas la question des redevances sur l’exploitation des ressources naturelles, qui sont accaparées par le gouvernement central.Quant à l’utilisation de l’énergie privée produite dans la région à des fins industrielles, il y aurait lieu de faire un bilan de cette question, ainsi que du contrôle régional des emplois publics liés à la gestion des ressources naturelles. Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, les compagnies Rio Tinto et Domtar contrôlent à elles seules une production supérieure à Manic 5, soit près de 4,000 Mégas Watts (MW). 

Un contexte alarmant qui appelle à la mobilisation citoyenne

La loi assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives (ancien PL 69), adoptée sous le bâillon en juin 2025, ouvre la porte aux industriels quant à la production d’énergie privée pour leur usage ou pour vendre à d’autres producteurs. Rio Tinto a justement dans ses cartons un projet de parc éolien visant à produire entre 700 et 1 000 MW dans le secteur de son barrage de Chute-des-Passes. Cette loi pourrait inciter les industries qui ont des barrages sous bail avec le gouvernement, à réduire leur production pour vendre davantage de l’électricité. Rio Tinto en a fait l’expérience en 2012. Pendant qu’elle mettait ses 850 employés d’Alma dans la rue par un brutal lock-out, elle a vendu son électricité excédentaire à Hydro-Québec – dont elle n’avait pas besoin à l’époque – au prix courant, ce qui lui a procuré des revenus de plus de 100 M$ – certaines sources allant jusqu’à 125, voire, 148 M$. D’aucuns avaient alors suggéré que la compagnie faisait plus d’argent à vendre son électricité qu’à produire de l’aluminium.

Plus récemment, en février 2026, devant la vente par la Domtar de l’un de ses barrages à l’une de ses filiales, le syndicat des travailleurs et travailleuses des pâtes et papiers de Kénogami CSN s’est mobilisé et a obtenu de la ville de Saguenay qu’elle se prévale de son droit de préemption sur les installations hydroélectriques de Domtar sur son territoire, lui permettant de les acquérir en priorité advenant la mise en vente.

Dans un tel contexte, la mobilisation citoyenne est plus nécessaire que jamais. D’ici l’abrogation de cette loi, il serait juste d’obliger une évaluation de tous les barrages actuellement sous bail avec Domtar et Rio Tinto. Cette évaluation viserait à vérifier si ces compagnies remplissent leurs promesses et si ces ententes sont avantageuses pour la région et le Québec. En cas de non-conformité, il faudrait reprendre possession de ces barrages. Comme l’exige du gouvernement le Mouvement Onésime-Tremblay concernant le bail de la Péribonka avec Rio Tinto.

Ultimement, il faudra corriger l’extraordinaire anomalie qui consiste à avoir cédé à une entreprise privée la propriété de l’ensemble du Lac-Saint-Jean et d’une partie du Saguenay.

Revaloriser et revitaliser l’action citoyenne

La naissance du Mouvement Onésime-Tremblay s’inscrit dans un courant visant à revaloriser et revitaliser l’action citoyenne au moment où le déficit démocratique dans la société québécoise et nord-américaine en général est dangereusement croissant. 

Déjà que notre système électoral est, selon l’expression de René Lévesque, « démocratiquement infect » par les distorsions qu’il engendre dans la représentation si peu proportionnelle. Nous sommes conditionnés à voter une fois aux quatre ans en donnant un chèque en blanc à des politicien.nes alors que notre rôle devrait être de les encadrer tout au long de leur mandat avec des moyens à notre disposition, comme la reddition de compte, la consultation, la participation, le rappel, etc.

Le peu de démocratie participative qui avait été mis en place depuis la Révolution tranquille est aujourd’hui réduit à une peau de chagrin. Finie l’élection des usagers et des citoyen.nes sur les conseils d’administration des établissements de santé et d’éducation. Adieu les Commissions scolaires, les Conférences régionales des élus (CRÉ), les Conseils régionaux de concertation et de développement (CRCD), les Conseils régionaux en santé et services sociaux (CRSSS), où siégeait la société civile. Finis les associations d’établissements qui pouvaient se donner une vision commune et se faire une tête sur les coupes de budget et faire pression, plus ou moins directement, sur les gouvernements. Finis les sommets, les forums, les consultations véritables où la population, les syndicats et les mouvements sociaux pouvaient chercher avec les élus, des solutions à nos problèmes de société ou encore participer à la planification socio-économique ou sanitaire. 

Aujourd’hui, la participation citoyenne est réduite à des consultations ponctuelles orientées ou individuelles et en ligne. L’État et les entreprises s’assurent d’interagir individuellement avec les citoyen.nes qu’on qualifie de clients, d’usagers, etc., dans le confort de leur salon. Si l’on vous invite à une séance d’information, c’est sous forme de kiosques rotatifs. Pas d’interactions de groupe, pas de recherche de consensus, et surtout pas de place pour l’action collective. 

Puisons aux sources de la démocratie

À bien y penser, de nombreuses institutions dont nous pouvons profiter aujourd’hui ont pour origine l’action citoyenne. Pensons aux CLSC ou aux nombreux organismes communautaires. Pensons aux luttes victorieuses dans le domaine environnemental qui ont permis de bloquer des projets néfastes, comme les gaz de schistes, les pipelines, etc. Nos victoires ne sont jamais acquises, car ces luttes pourraient bien devoir reprendre dans les mois à venir.

L’action citoyenne, c’est un peu comme l’oxygène de la démocratie. Michel Chartrand avait l’habitude de répéter que le peuple ne devait pas seulement déléguer son pouvoir à des députés dans le cadre d’une démocratie représentative, mais qu’il devait également et surtout exercer ce pouvoir au moyen des mouvements sociaux, des luttes syndicales et sociales, de la participation citoyenne, et ainsi de suite. Selon lui, la démocratie, c’est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. 

Exerçons notre pouvoir citoyen en appuyant le Mouvement Onésime-Tremblay.

Pour joindre ou appuyer le mouvement : mouvementonesimetremblay@gmail.com

Pierre Dostie

Retraité de la santé et des services sociaux et de l’éducation.


  1. Ce texte est paru dans la revue L’Action Nation nationale de Mai-Juin 2026. 1926-2026 – Alcan/Rio Tinto, Quel héritage pour la région ? ↩︎
  2. Onésime Tremblay, dans Le combat d’Onésime Tremblay, film documentaire réalisé par Jean-Thomas Bédard, ONF, 1985. ↩︎
  3. Ironiquement le jour de la fête nationale des canadiens-français. ↩︎
  4. Germain Dallaire. À l’ombre d’Alcan. histoire, Chicoutimi. Les Classiques des sciences sociales, 2023. ↩︎
  5. Jacques Dubuc et Myriam Potvin, L’exploitation de notre eau par Rio Tinto, Quel avenir pour le Québec ? Montréal, Somme toute, 2025 ↩︎
  6. « Le GOUVERNEMENT reconnaît par les présentes que toutes les conditions préalables à l’exercice par la COMPAGNIE de l’Option de renouvellement ont été remplies et que la COMPAGNIE, pourra, à sa guise, exercer l’Option de renouvellement pour une période de 25 ans, à savoir du 1er janvier 2034 au 31 décembre 2058, selon les modalités et conditions prévues au Bail, tel que modifié par le présent avenant, à l’égard de l’Option de renouvellement. » ↩︎
  7. Revue Saguenayensia, vol 22 no 2 mars-avril 1980 ↩︎
  8. Ibid. ↩︎
  9. Nom Innu qui signifie « lieu de débarquement » selon l’ONF et « là où l’eau monte un peu » selon la Commission de toponymie. ↩︎
  10. Onésime Tremblay, dans Le combat d’Onésime Tremblay, film documentaire réalisé par Jean-Thomas Bédard, ONF, 1985 ↩︎
  11. Revue Saguenayensia, vol 22 no 2 mars-avril 1980 ↩︎
  12. Était-ce un hasard que le lac ayant pour nom le patron des canadiens-français, soit inondé illégalement et sans avertissement, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, leur fête nationale ? Quoiqu’il en soit, la symbolique est puissante. ↩︎

Publié par pdostie

Militant politique depuis une cinquantaine d'années dans le mouvement syndical, communautaire et de solidarité internationale. Après un intense engagement dans le processus de rassemblement et d'unification de la gauche québécoise ces 25 dernières années, je me consacre en ce moment aux luttes du mouvement écologiste devant l'urgence climatique actuelle. Comme père et grand-père, je m’inquiète pour l’avenir de l’humanité et je m’inquiète aussi de l’humanité elle-même, qui se fracture sur des bases imprévues, où les débat d’idées, le jugement, la nuance et la tolérance se font rares. Dans ce combat pour l’égalité, la justice sociale et le triomphe du bien commun, nous avons besoin de paroles radicalement rassembleuses.

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